Alors que de nombreux pays africains multiplient les annonces autour de l’hydrogène vert, le Maroc apparaît aujourd’hui comme l’un des rares à avoir transformé ses ambitions en projets concrets. C’est le constat dressé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui place le Royaume parmi les marchés les plus avancés du continent grâce à un cadre réglementaire déjà opérationnel, des coûts de production compétitifs et une stratégie articulée autour des besoins industriels nationaux.
Selon le rapport Global Hydrogen Review 2026, le Maroc a pris une longueur d’avance en lançant dès 2021 sa stratégie nationale dédiée à l’hydrogène renouvelable. Pendant que plusieurs pays africains poursuivaient encore leurs consultations ou finalisaient leurs feuilles de route, le Royaume mettait en place les premiers mécanismes d’accompagnement des investisseurs et identifiait les zones destinées à accueillir les futurs projets industriels.
Cette avance se matérialise aujourd’hui à travers l’« Offre Maroc », dispositif conçu pour attirer les opérateurs internationaux. Accès au foncier, aides à l’investissement, avantages fiscaux et guichet unique figurent parmi les principaux leviers mobilisés. Plus de 300.000 hectares ont déjà été identifiés dans une première phase et plusieurs projets ont fait l’objet d’accords préliminaires en 2026.
Au-delà du cadre réglementaire, la compétitivité marocaine repose également sur un atout décisif : le coût de production. L’AIE estime que l’hydrogène vert produit au Maroc pourrait être fabriqué à partir de 3,2 dollars le kilogramme, soit l’un des niveaux les plus bas d’Afrique. Cette performance s’explique par la qualité du potentiel solaire et éolien national, mais aussi par des conditions de financement jugées plus favorables que dans plusieurs pays concurrents.
Contrairement à d’autres producteurs africains qui misent essentiellement sur l’exportation vers l’Europe, le Maroc adopte une approche plus équilibrée. La priorité est donnée à la couverture des besoins nationaux, notamment ceux de l’industrie des engrais. Le Royaume importe aujourd’hui la totalité de son ammoniac, une matière première essentielle pour la production agricole. Développer une filière locale d’ammoniac vert permettrait non seulement de réduire cette dépendance, mais aussi de renforcer la sécurité alimentaire nationale.
Pour le consommateur marocain, les retombées potentielles dépassent largement le seul secteur énergétique. Une production locale d’ammoniac pourrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement en engrais et limiter l’exposition de l’agriculture aux tensions géopolitiques internationales. À plus long terme, le développement d’une industrie de l’hydrogène pourrait également générer de nouveaux investissements, des emplois qualifiés et des recettes d’exportation.
L’AIE rappelle toutefois que plusieurs défis demeurent. Le financement reste plus coûteux qu’en Europe ou en Chine, les critères de certification carbone doivent encore être finalisés et le développement des nouveaux projets devra s’articuler avec les besoins du réseau électrique national. La question de l’eau constitue également un enjeu majeur pour une technologie fortement consommatrice de ressources hydriques.
Malgré ces contraintes, le rapport estime que le Maroc dispose aujourd’hui du profil le plus crédible parmi les candidats africains à l’hydrogène vert. Grâce à une stratégie déjà déployée, une demande industrielle identifiée et des projets en phase d’exécution, le Royaume semble avoir transformé ce qui était encore récemment une promesse énergétique en véritable chantier industriel.
Avec Le360


