Le Maroc s’impose progressivement comme l’un des laboratoires les plus avancés en matière de gestion de la ressource hydrique. Dans un récent article consacré aux réponses africaines au stress hydrique, la chaîne américaine CNN met en avant la stratégie marocaine de dessalement de l’eau de mer, présentée comme l’un des piliers de la sécurité hydrique du Royaume face à la multiplication des épisodes de sécheresse.
L’ambition affichée est considérable. Le Maroc vise à couvrir 60 % de ses besoins en eau potable grâce au dessalement à l’horizon 2030. Une orientation stratégique qui traduit un changement profond de paradigme : alors que les politiques hydriques reposaient historiquement sur les barrages et les précipitations, le Royaume fait désormais du dessalement une composante centrale de son approvisionnement en eau.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation, doté d’un budget de près de 14 milliards de dollars. Au-delà des stations de dessalement, ce programme intègre également la construction de nouveaux barrages, la réutilisation des eaux usées traitées et le développement des « autoroutes de l’eau », destinées à transférer les ressources hydriques des régions excédentaires vers les zones les plus exposées au stress hydrique.
Parmi les projets les plus emblématiques figure la future station de dessalement de Casablanca-Settat. Avec un investissement de 650 millions de dollars, elle devrait devenir la plus grande usine de dessalement d’Afrique et la plus importante au monde alimentée exclusivement par des énergies renouvelables. À pleine capacité, l’installation produira près de 300 millions de mètres cubes d’eau par an, permettant d’alimenter 7,5 millions d’habitants tout en soutenant l’irrigation agricole.
Selon les données relayées par CNN, le Maroc exploite déjà 17 stations de dessalement produisant plus de 408 millions de mètres cubes d’eau par an, soit neuf fois plus qu’en 2021. Onze autres unités sont actuellement en projet ou en cours de réalisation.
Au-delà des volumes produits, l’originalité du modèle marocain réside dans son approche intégrée. Le dessalement est associé au développement des énergies renouvelables afin de réduire à la fois les coûts d’exploitation et l’empreinte carbone. Cette convergence entre politique de l’eau et transition énergétique constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs de différenciation du Royaume.
La logique de répartition des ressources est également pensée à l’échelle nationale. L’eau dessalée est principalement destinée aux zones côtières, tandis que les ressources conventionnelles issues des barrages sont préservées pour les régions intérieures, les périmètres agricoles et les oasis particulièrement vulnérables aux sécheresses récurrentes.
Pour les experts internationaux, la réussite marocaine ne repose pas uniquement sur les infrastructures. Elle s’appuie également sur une planification de long terme, un cadre réglementaire adapté et une gouvernance intégrée de la ressource hydrique. Une approche qui permet au Royaume de renforcer progressivement sa résilience face à l’un des principaux défis économiques et environnementaux des prochaines décennies.
À travers cette reconnaissance internationale, le Maroc confirme ainsi son positionnement comme l’un des acteurs les plus avancés du continent en matière de sécurité hydrique. Dans un contexte où le changement climatique accentue la pression sur les ressources en eau, l’expérience marocaine apparaît de plus en plus comme une référence pour de nombreux pays confrontés aux mêmes enjeux.


