Dix ans après la COP22 de Marrakech, le Maroc a multiplié les instruments destinés à financer sa transition énergétique et climatique. Obligations vertes, lignes de financement internationales, prêts concessionnels et programmes des banques multilatérales ont progressivement structuré un écosystème financier qui reste toutefois confronté à des besoins d’investissement considérables.
La COP22 organisée à Marrakech en 2016 a constitué un tournant dans la structuration de la finance verte au Maroc. À cette occasion, les autorités financières avaient adopté une feuille de route destinée à aligner progressivement banques, assurances et marché des capitaux sur les objectifs du développement durable. Médias24
Dix ans plus tard, cette orientation s’est traduite par la multiplication des mécanismes de financement consacrés aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à la gestion de l’eau ou encore à la décarbonation des entreprises.
Les obligations vertes ouvrent le marché dès 2016
Le marché marocain des obligations vertes a commencé à prendre forme dès l’année de la COP22. Masen avait notamment levé 1,15 milliard de dirhams pour contribuer au financement du programme solaire Noor, tandis que BMCE Bank, devenue Bank of Africa, avait émis 500 millions de dirhams d’obligations vertes destinées à des projets d’énergies renouvelables.
Ces premières opérations ont ouvert la voie à une diversification progressive des instruments disponibles et à l’intervention croissante des institutions financières internationales.
La BERD, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et d’autres bailleurs ont depuis développé des lignes et programmes destinés à accompagner les investissements verts, directement ou par l’intermédiaire du système bancaire marocain.
Un financement qui s’étend progressivement aux entreprises
La finance verte ne concerne plus uniquement les grands projets solaires ou éoliens. Une partie croissante des dispositifs vise désormais les entreprises, notamment pour financer l’efficacité énergétique, les renouvelables, l’économie d’eau ou la réduction de leur empreinte carbone.
Cette évolution est importante pour la décarbonation du tissu productif marocain. Elle permet de faire passer progressivement la transition environnementale du financement de quelques grandes infrastructures à celui de centaines de projets d’entreprises.
En parallèle, le cadre réglementaire s’est renforcé. Bank Al-Maghrib a intégré progressivement les risques climatiques dans la supervision bancaire, tandis que l’Autorité marocaine du marché des capitaux a développé le cadre applicable aux instruments financiers verts. Le Maroc travaille également à la structuration d’une taxonomie destinée à mieux identifier les activités pouvant être considérées comme durables.
Des besoins encore largement supérieurs aux capitaux mobilisés
Cette montée en puissance ne signifie toutefois pas que les besoins de financement de la transition marocaine sont couverts.
La transformation du système électrique, l’adaptation au changement climatique, la sécurisation des ressources hydriques, la mobilité durable, la décarbonation industrielle et les nouvelles filières comme l’hydrogène vert nécessitent des investissements beaucoup plus importants sur le long terme.
Le principal enjeu n’est donc plus seulement de créer des produits financiers « verts », mais de parvenir à mobiliser davantage de capitaux privés aux côtés des financements publics et multilatéraux.
Dix ans après la COP22, le changement le plus significatif réside peut-être moins dans un montant cumulé unique que dans la construction progressive d’une architecture de financement vert.
En 2016, la finance climatique marocaine reposait encore largement sur quelques grands projets et les financements internationaux. Elle s’étend désormais aux banques commerciales, aux marchés obligataires et progressivement aux investissements des entreprises.
Mais la question posée par les montants mobilisés reste entière : le Maroc a réussi à créer les instruments de la finance verte ; le prochain défi consiste à changer d’échelle. Les besoins liés simultanément à l’énergie, à l’eau, à l’industrie et à l’adaptation climatique imposent désormais de transformer la finance verte d’un segment spécialisé du marché en composante ordinaire du financement de l’économie.




