Détenir près de 70% des réserves mondiales connues de phosphate donne au Maroc un avantage géologique exceptionnel. Mais la stratégie développée ces dernières années consiste de moins en moins à considérer cette ressource comme une simple rente minière.

Avec environ 50 milliards de tonnes de réserves, le Royaume occupe une position stratégique sur une matière première directement liée à la production mondiale d’engrais et donc à la sécurité alimentaire.

La transformation opérée par OCP illustre cette évolution. Le groupe ne se limite plus à extraire et exporter du minerai : il développe les engrais et les produits phosphatés à plus forte valeur ajoutée tout en investissant dans les infrastructures indispensables à cette industrie.

L’eau constitue l’un des principaux axes de cette intégration. Depuis 2025, les besoins des activités minières et industrielles d’OCP sont couverts par des ressources non conventionnelles, notamment le dessalement et la réutilisation des eaux usées traitées.

OCP Green Water disposait alors d’une capacité de 320 millions de m³, appelée à atteindre 610 millions de m³ en 2027. Un pipeline de plus de 200 kilomètres permet notamment d’acheminer de l’eau dessalée depuis Jorf Lasfar jusqu’à Khouribga.

L’autre chantier concerne l’énergie et l’ammoniac, encore largement importé alors qu’il constitue une matière première essentielle à la fabrication des engrais.

Le programme d’investissement vert d’OCP représente environ 13 milliards de dollars sur 2023-2027, avec l’ambition de développer simultanément les renouvelables, le dessalement et, à terme, la production d’ammoniac vert.

Le changement de modèle est stratégique : il consiste à sécuriser progressivement l’écosystème qui entoure le phosphate. Eau, énergie et ammoniac constituent autant de dépendances susceptibles de réduire l’avantage procuré par la possession de la ressource minérale.

Le phosphate devient ainsi le centre d’une chaîne industrielle beaucoup plus large. La valeur stratégique du gisement ne tient plus seulement aux quantités extraites, mais à la capacité du Maroc à maîtriser progressivement les intrants nécessaires à sa transformation.

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