L’accord entre Morocco Energy Leaders et le Clean Energy Business Council promet de rapprocher projets marocains et capitaux du Golfe. L’enjeu décisif sera toutefois moins la multiplication des partenariats que leur capacité à faire aboutir des investissements mesurables.
Le Maroc ne manque plus d’ambitions énergétiques, de feuilles de route ni de partenaires déclarés. Ce qui lui manque encore, ce sont des montages financiers capables de transformer rapidement les annonces en centrales, réseaux, capacités de stockage et unités industrielles. Le nouveau rapprochement entre acteurs marocains et investisseurs du Golfe doit donc être jugé sur un critère simple : combien de projets atteindront réellement la clôture financière ?
Dans un article signé Amine Bouwafoud, Medias24 rapporte que Morocco Energy Leaders (MEL) et le Clean Energy Business Council (CEBC) ont conclu un accord de coopération destiné à renforcer l’investissement dans les énergies propres et la finance climatique au Maroc. Le texte a été signé par Nabil Jedaira, fondateur et président de MEL, et Nasser Saidi, fondateur et président du CEBC, ancien ministre libanais de l’Économie et du Commerce et ancien premier vice-gouverneur de la Banque du Liban.
Le partenariat vise plusieurs terrains déjà identifiés comme stratégiques : énergies renouvelables, hydrogène vert, interconnexions électriques, décarbonation de l’industrie et financements mixtes permettant de partager les risques. MEL apportera son réseau marocain de responsables publics, dirigeants et experts de l’énergie. Le CEBC, établi aux Émirats arabes unis, doit mobiliser son écosystème d’investisseurs, d’entreprises technologiques et d’acteurs de la finance verte au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Cette complémentarité est prometteuse, mais elle mérite d’être lue sans raccourci. Le CEBC n’est ni un fonds d’investissement ni un opérateur de projets. Sa fonction consiste à rapprocher capitaux privés, décideurs publics, industriels et porteurs de projets. Autrement dit, l’accord ouvre des portes ; il ne garantit ni les montants mobilisés, ni les délais, ni le coût final de l’électricité produite. Pour le consommateur et le contribuable, ces trois variables sont pourtant essentielles.
Le financement climatique peut accélérer la transition, mais il peut aussi produire des infrastructures chères si les risques, les garanties publiques et la rémunération des investisseurs sont mal répartis. Les futurs contrats devront donc rendre lisibles les engagements de l’État, la part assumée par le privé, les mécanismes de garantie et l’effet attendu sur les tarifs. Une transition financée par des capitaux internationaux n’a de sens social que si elle réduit durablement la dépendance énergétique et protège les ménages contre les chocs de prix.
Le Maroc dispose d’atouts évidents : un fort potentiel solaire et éolien, une proximité avec l’Europe et une base industrielle qui cherche à se décarboner. Mais la concurrence est vive. Les capitaux du Golfe sont sollicités par de nombreux pays, tandis que l’hydrogène vert reste confronté au coût des électrolyseurs, des infrastructures portuaires, de l’eau et du transport. La qualité des projets, la stabilité réglementaire et la transparence des appels d’offres pèseront donc davantage qu’un discours général sur l’attractivité.
Reste aussi une question souvent laissée au second plan : quelle part de la valeur restera au Maroc ? L’importation d’équipements clés, le recours à des technologies étrangères et le financement en devises peuvent réduire les bénéfices économiques locaux. La transition gagnera en légitimité si elle développe des chaînes de sous-traitance marocaines, des compétences techniques et des emplois qualifiés, tout en donnant aux PME une place dans les marchés créés.
Pour rappel, ce rapprochement ne surgit pas de nulle part. Le 24 juillet 2026, le ministère de la Transition énergétique et Morocco Energy Leaders avaient déjà signé un accord-cadre visant à renforcer la représentation et la contribution du Maroc au Conseil mondial de l’énergie. La nouvelle convention avec le CEBC prolonge cette stratégie d’influence. La prochaine étape devra être celle des résultats : projets identifiés, capitaux engagés, calendrier public et retombées vérifiables pour l’économie réelle.




