À l’approche de l’entrée en vigueur des nouvelles règles climatiques européennes, la filière agroalimentaire marocaine accélère sa transition bas carbone afin de préserver sa compétitivité et l’accès de ses produits aux marchés internationaux. Pour les consommateurs, l’enjeu dépasse la seule question environnementale : il touche également aux prix, à la qualité et à la disponibilité future des produits marocains.
Réunis lors du premier Forum national de la décarbonation des industries alimentaires, les professionnels du secteur ont dressé une feuille de route destinée à anticiper les effets des futures réglementations européennes, notamment le mécanisme d’ajustement carbone qui pourrait, à terme, renchérir les exportations les plus émettrices de gaz à effet de serre.
L’Union européenne absorbe aujourd’hui plus de la moitié des exportations agroalimentaires marocaines, soit près de 23,6 milliards de dirhams de ventes annuelles. Pour les industriels, préserver ces débouchés est devenu un impératif économique majeur.
Le secteur agroalimentaire représente un pilier essentiel de l’économie nationale, avec 191 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, plus de 206.000 emplois directs et quelque 2.600 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire. Il contribue également à la sécurité alimentaire du pays en couvrant une large part des besoins nationaux en produits transformés.
Selon une étude présentée par la FENAGRI, l’ensemble de la filière émet environ 4 millions de tonnes de CO₂ par an. Les filières des viandes rouges, de la volaille et du lait concentrent l’essentiel de ces émissions, tandis que les activités de transformation, de transport et de conservation constituent d’importants leviers d’amélioration.
Deux scénarios de décarbonation ont été retenus à l’horizon 2040. Le premier vise une réduction de 42% des émissions grâce à des gains d’efficacité énergétique, une meilleure gestion agricole et une optimisation de la logistique. Le second, plus aligné sur les engagements climatiques nationaux, table sur une baisse de 37%.
L’investissement nécessaire pour réussir cette transformation est estimé à plus de 8 milliards de dirhams. L’essentiel des efforts portera sur l’amont agricole, les systèmes énergétiques et les équipements de froid, indispensables pour garantir la qualité et la conservation des produits alimentaires.
Pour les consommateurs, cette transition pourrait avoir des effets positifs à long terme. Des entreprises plus performantes sur le plan énergétique sont moins exposées aux fluctuations des coûts de l’énergie et aux nouvelles barrières commerciales, ce qui contribue à préserver la compétitivité des produits marocains sur les marchés extérieurs comme sur le marché national.
Au-delà de la contrainte réglementaire, les industriels considèrent désormais la décarbonation comme un levier de modernisation, d’innovation et de création de valeur, capable de renforcer durablement la place du Made in Morocco agroalimentaire dans un environnement international de plus en plus exigeant.
Avec L’Economiste


