Le Maroc accélère sa stratégie pour devenir l’un des principaux producteurs mondiaux d’hydrogène vert, une filière appelée à jouer un rôle central dans la décarbonation de l’industrie, des transports et de la production énergétique au cours des prochaines décennies.
Porté par l’abondance de ses ressources solaires et éoliennes, sa proximité avec l’Europe et ses infrastructures logistiques en développement, le Royaume cherche à se positionner comme une plateforme stratégique de production et d’exportation de carburants verts à destination des marchés internationaux.
Cette ambition se concrétise notamment à travers le programme « Offre Maroc », qui prévoit la mobilisation progressive d’un million d’hectares pour accueillir les projets liés à l’hydrogène vert et à ses dérivés. Une première phase porte sur l’attribution de 300.000 hectares à des investisseurs nationaux et internationaux.
Selon plusieurs projections internationales, le coût de production de l’hydrogène vert au Maroc pourrait se situer entre 1,5 et 2,5 dollars par kilogramme à l’horizon 2050, un niveau qui placerait le Royaume parmi les producteurs les plus compétitifs au monde.
Cette attractivité suscite déjà l’intérêt de grands groupes internationaux. En 2025, le gouvernement a validé plusieurs projets potentiels représentant plus de 319 milliards de dirhams d’investissements. Ces projets devraient contribuer au développement de près de 20 gigawatts de capacités supplémentaires en énergies renouvelables.
Parmi les initiatives les plus avancées figure notamment un projet destiné à produire de l’ammoniac vert dans la région de Guelmim-Oued Noun. Ce produit, obtenu à partir d’hydrogène renouvelable, constitue aujourd’hui l’un des principaux débouchés commerciaux de la filière et représente une alternative aux importations d’ammoniac conventionnel utilisées par plusieurs industries.
Pour le consommateur marocain, les retombées potentielles dépassent largement le seul secteur énergétique. Les perspectives évoquent la création de milliers d’emplois, le développement de nouvelles activités industrielles et le renforcement de la souveraineté énergétique du pays. Certaines estimations tablent sur plus de 22 milliards de dirhams de revenus annuels générés par la filière et jusqu’à 15.000 emplois directs et indirects à l’horizon 2030.
Le groupe OCP figure parmi les acteurs qui pourraient bénéficier directement de cette transformation. Le leader mondial des phosphates prévoit à terme de remplacer une partie de l’ammoniac importé par de l’ammoniac vert produit localement, renforçant ainsi l’intégration industrielle nationale.
Cette course mondiale reste toutefois très concurrentielle. Plusieurs pays africains, notamment l’Égypte, la Namibie, la Mauritanie et l’Afrique du Sud, développent également leurs propres stratégies dans ce domaine. Les pays du Golfe investissent eux aussi massivement afin de préparer l’après-pétrole.
Au-delà des investissements, le principal défi reste celui de l’eau. La production d’hydrogène vert repose sur l’électrolyse, un procédé nécessitant des volumes importants d’eau dans un contexte où le Maroc demeure confronté à un stress hydrique structurel.
Pour répondre à cette contrainte, les futurs projets intégreront leurs propres unités de dessalement d’eau de mer. Le développement accéléré du dessalement constitue d’ailleurs l’un des piliers de la stratégie nationale. Le Royaume vise une capacité de production de 1,7 milliard de mètres cubes d’eau dessalée par an à l’horizon 2030, contre une couverture actuelle estimée à environ 25% des besoins en eau potable.
Le modèle retenu par les pouvoirs publics repose essentiellement sur l’investissement privé. Les consortiums sélectionnés assument les risques technologiques et financiers liés aux projets, tandis que l’État met à disposition le foncier, le cadre réglementaire et les infrastructures nécessaires.
Entre transition énergétique, souveraineté industrielle et création de valeur, l’hydrogène vert apparaît ainsi comme l’un des paris économiques les plus ambitieux du Maroc pour les prochaines décennies. Reste désormais à transformer ce potentiel en projets industriels concrets capables de positionner durablement le Royaume parmi les acteurs majeurs de cette nouvelle économie mondiale.
Avec FNH


