Le projet Sila Atlantik, qui prévoit de relier le Maroc à l’Allemagne par deux câbles électriques sous-marins à haute tension, entre dans une phase décisive. Si les deux pays affichent leur intérêt pour cette infrastructure estimée à 30 milliards de dollars, plusieurs points stratégiques restent à trancher avant toute décision finale d’investissement.
Selon des informations rapportées par Reuters et corroborées par plusieurs sources proches du dossier, le Maroc conditionne son engagement à la signature d’un accord intergouvernemental formel avec Berlin, garantissant un soutien politique et institutionnel sur le long terme.
Autre exigence majeure de Rabat : le futur câble ne devra pas être exclusivement destiné à exporter de l’électricité vers l’Allemagne. Le Royaume souhaite que l’infrastructure fonctionne comme une véritable interconnexion bidirectionnelle, permettant également d’importer de l’électricité lorsque les besoins du réseau national l’exigent.
Cette option, jugée techniquement réalisable par les spécialistes, implique toutefois des investissements supplémentaires dans les stations de conversion et les équipements de régulation, ce qui alourdirait le coût global du projet.
Une infrastructure stratégique de 3,6 GW
Développé par la société allemande Sila Atlantik, le projet prévoit la réalisation de deux câbles sous-marins en courant continu haute tension (HVDC) de près de 4.800 kilomètres, chacun d’une capacité de 1,8 gigawatt, soit une puissance totale de 3,6 GW.
Ces infrastructures seraient alimentées par un vaste complexe énergétique implanté au Maroc, comprenant environ 15,2 GW de capacités solaires et éoliennes ainsi que 9,6 GWh de stockage par batteries.
Les promoteurs estiment que cette installation pourrait produire près de 26 térawattheures d’électricité par an, soit l’équivalent d’environ 5 % de la consommation annuelle d’électricité en Allemagne.
Selon les projections, cette énergie renouvelable permettrait également de remplacer jusqu’à 2,7 GW de capacités de production allemandes fonctionnant aux énergies fossiles.
Le foncier, autre point sensible
Au-delà des aspects techniques, la disponibilité du foncier constitue un autre sujet de négociation.
Le précédent projet Xlinks, qui devait relier le Maroc au Royaume-Uni avant d’être abandonné en 2025, bénéficiait d’un engagement portant sur près de 150.000 hectares dans la région de Guelmim-Oued Noun.
À ce stade, aucune affectation équivalente n’a encore été confirmée pour Sila Atlantik, alors que les installations prévues nécessitent de vastes espaces destinés aux centrales solaires, aux parcs éoliens, aux batteries et aux infrastructures électriques.
Une décision attendue en 2027
Le projet figure actuellement au stade des études de faisabilité dans le plan de développement des réseaux électriques allemands.
La décision finale d’investissement est envisagée entre le quatrième trimestre 2026 et le premier trimestre 2027, après finalisation des discussions sur les aspects techniques, réglementaires, juridiques et financiers.
Les opérateurs allemands précisent que Sila Atlantik reste un projet porté par ses promoteurs privés et qu’il n’est pas encore intégré à leur planification opérationnelle.
Un projet inscrit dans la stratégie énergétique marocaine
Interrogé par Reuters, le ministère marocain de la Transition énergétique a rappelé que l’intégration régionale constitue un pilier de la stratégie énergétique nationale, sans commenter directement les négociations en cours.
Cette approche s’inscrit dans la continuité des interconnexions déjà existantes entre le Maroc et l’Europe.
Le Royaume exploite déjà deux liaisons électriques avec l’Espagne et prépare une troisième interconnexion de 700 MW. Des projets similaires sont également étudiés avec le Portugal et, à plus long terme, avec la France, dans l’objectif de renforcer son rôle de hub énergétique régional.
Les enseignements du précédent Xlinks
Le projet Sila Atlantik est né après l’abandon du projet Xlinks Maroc–Royaume-Uni. En 2025, Londres avait refusé le mécanisme de soutien public demandé par les promoteurs, malgré plusieurs années d’études et plus de 100 millions de livres sterling déjà investis.
Cet épisode explique aujourd’hui la prudence des autorités marocaines, qui souhaitent sécuriser davantage le cadre juridique et politique du futur projet afin de garantir sa viabilité sur plusieurs décennies.


