Le conflit au Moyen-Orient et les perturbations autour du détroit d’Ormuz replacent brutalement la sécurité énergétique au centre des priorités mondiales. Alors qu’environ un cinquième du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié transitent habituellement par ce passage stratégique, le blocage des flux énergétiques provoque une flambée des prix et ravive les inquiétudes sur la dépendance mondiale aux combustibles fossiles importés.
Dans ce contexte, les énergies renouvelables apparaissent désormais non seulement comme un outil climatique, mais aussi comme un levier de souveraineté énergétique et de résilience économique.
Le choc touche particulièrement les pays fortement dépendants des importations énergétiques. Selon plusieurs analyses citées dans l’article, près des trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays importateurs de combustibles fossiles. Les grandes économies industrielles restent fortement exposées, notamment en Europe et en Asie, où certains pays couvrent plus de 80 % de leurs besoins énergétiques via les importations.
Le pétrole demeure le principal facteur de vulnérabilité. En 2024, les pays importateurs nets auraient dépensé près de 1 700 milliards de dollars pour leurs achats d’énergies fossiles. Chaque hausse de 10 dollars du prix du baril alourdirait la facture mondiale d’environ 160 milliards de dollars supplémentaires.
La Suisse elle-même reste dépendante des importations pour environ deux tiers de ses besoins énergétiques, notamment pour les transports et le chauffage. Cette dépendance représente plusieurs milliards de francs transférés chaque année à l’étranger.
Face à cette instabilité, plusieurs gouvernements accélèrent leurs politiques de transition énergétique. L’énergie solaire, l’éolien, les batteries et les véhicules électriques sont désormais présentés comme des outils de sécurité nationale capables de réduire l’exposition aux crises géopolitiques et à la volatilité des marchés pétroliers.
Les coûts des technologies propres poursuivent leur baisse rapide. Les prix des panneaux solaires ont chuté de près de 70 % entre 2022 et 2025, tandis que les batteries deviennent plus accessibles et que les véhicules électriques gagnent du terrain dans de nombreux marchés.
Les données citées montrent également que la progression mondiale de la demande d’électricité a été entièrement couverte récemment par les énergies renouvelables, alors que la production électrique issue des combustibles fossiles recule.
Cette dynamique s’accompagne toutefois de tensions contradictoires à court terme. Plusieurs pays ont temporairement relancé certaines centrales à charbon afin de compenser les difficultés d’approvisionnement en gaz. Le débat autour du nucléaire revient également au premier plan dans plusieurs régions du monde.
Pour de nombreux observateurs, la crise actuelle pourrait constituer un tournant comparable à celui provoqué par la guerre en Ukraine en 2022. Plusieurs experts évoquent désormais un « moment Ukraine » pour l’Asie, particulièrement dépendante du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz.
Au-delà du choc immédiat, la crise reconfigure progressivement les priorités énergétiques mondiales. Les gouvernements accordent désormais davantage d’importance à la production locale d’énergie, à l’électrification des usages et au développement des infrastructures renouvelables, perçus comme des outils de stabilité économique et géopolitique.
Les analystes soulignent toutefois que cette transition nécessitera des politiques publiques stables, des investissements de long terme et des signaux réglementaires clairs afin de transformer cette accélération conjoncturelle en mutation structurelle durable.
Source: swissinfo.ch


