La pression sur les ressources hydriques continue d’alimenter les réflexions sur les modèles de consommation de l’eau au Maroc. Dans une récente analyse relayée par ALM, le Policy Center met en avant un déséquilibre majeur: l’agriculture concentre à elle seule environ 88% de la consommation d’eau du pays en période normale, contre seulement 12% pour les ménages et l’industrie réunis.
Ce niveau dépasse largement la moyenne mondiale, estimée autour de 70%, et pose la question de la soutenabilité du modèle actuel dans un contexte marqué par le stress hydrique, la croissance démographique et l’augmentation des besoins alimentaires.
Selon l’auteur du Policy Brief, Henri-Louis Vedie, la nécessité d’intensifier la production agricole afin de garantir la sécurité alimentaire entraînera mécaniquement une hausse des besoins en eau dans les années à venir. Dans ce contexte, le gaspillage et le mésusage de la ressource deviennent de plus en plus difficiles à justifier.
L’analyse distingue plusieurs formes de gaspillage. En amont, avant même l’utilisation de l’eau, les pertes sont liées à des infrastructures dégradées, à l’envasement des barrages ou encore aux branchements illégaux. Dans certaines grandes villes marocaines, ces pertes peuvent représenter jusqu’à 30% de l’eau destinée à la consommation. La responsabilité incombe alors principalement aux opérateurs et distributeurs.
En aval, après compteur, le gaspillage concerne directement les utilisateurs: ménages, exploitations agricoles ou entreprises. Quant au mésusage, il touche surtout les ménages et le secteur agricole, notamment à travers l’utilisation d’eau potable pour des usages pouvant être couverts par des ressources alternatives.
Parmi les principales recommandations avancées figure la mise en place d’une nouvelle tarification de l’eau. Le modèle proposé repose sur une logique binaire: un bloc social destiné aux ménages modestes, avec un accès gratuit ou symbolique pour les besoins vitaux, puis des tranches supérieures facturées à leur coût réel. Pour les gros consommateurs, cette tarification pourrait même intégrer les coûts liés au dessalement ou au traitement des eaux usées.
L’objectif affiché est d’inciter les acteurs agricoles à réduire leur recours à l’eau potable au profit d’eaux non conventionnelles, notamment celles issues des stations d’épuration.
Le rapport insiste également sur la nécessité de généraliser le traitement et la réutilisation des eaux usées. Cette ressource alternative est désormais considérée comme un levier stratégique face aux tensions croissantes sur les ressources hydriques. Le Programme national d’assainissement liquide mutualisé (PNAM) prévoit ainsi de réutiliser 200 millions de mètres cubes d’eau par an d’ici 2027, avec un objectif porté à 340 millions de mètres cubes à horizon 2050. Ces volumes devraient notamment servir à l’arrosage des espaces verts, des golfs et à l’irrigation agricole.
L’industrie apparaît relativement moins consommatrice, avec environ 2% de la consommation nationale. Certaines grandes entreprises accélèrent toutefois leur transition vers les eaux non conventionnelles. L’OCP, dont les besoins en eau ont presque doublé entre 2010 et 2024, affirme recycler actuellement 80% de ses eaux usées, avec un objectif de 95% dans les prochaines années. Le groupe prévoit également de fonctionner exclusivement à partir d’eaux dessalinisées ou traitées à l’horizon 2030.
Pour les PME industrielles, l’étude recommande notamment l’installation de compteurs connectés afin de mieux contrôler les prélèvements dans les nappes phréatiques et limiter les usages non déclarés.
Avec ALM


