La trajectoire énergétique du Maroc ne relève ni de l’improvisation ni d’un effet d’opportunité. Elle s’inscrit dans une construction progressive, structurée sur près de deux décennies, où se combinent stabilité stratégique, ouverture aux financements internationaux et gestion maîtrisée des risques. C’est la lecture défendue par Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, qui revient sur les fondements de ce positionnement dans un entretien accordé à « Asharq Business ».
Dans son analyse, la clé réside d’abord dans la continuité. Depuis 2009, les grandes orientations énergétiques du Royaume sont restées constantes, offrant un cadre lisible aux investisseurs et aux institutions. Cette stabilité permet d’inscrire les projets dans le temps long et de faire de l’énergie un levier structurant de transformation économique, bien au-delà de sa dimension technique.
La ministre prend ses distances avec la notion classique de « hub », jugée réductrice, pour lui préférer celle de « corridor ». L’idée dépasse la simple fonction de transit pour englober un écosystème intégré, associant infrastructures, industrie, logistique et flux énergétiques. Cette approche vise à positionner le Maroc au cœur de chaînes de valeur plus complexes, plutôt que comme un simple point de passage.
Au cœur de cette stratégie, la question de la compétitivité s’impose comme critère décisif. Aucun projet énergétique ne peut, selon elle, s’imposer durablement sans un coût final maîtrisé. Cette exigence concerne aussi bien les renouvelables que le gaz ou l’hydrogène vert. Sur ce dernier, l’enjeu principal ne réside pas dans la disponibilité de l’eau, mais dans l’efficacité globale des ressources, la qualité de la gouvernance et la capacité à mutualiser les infrastructures, notamment le dessalement.
La transition énergétique est également pensée comme un terrain d’apprentissage collectif. Le recours aux partenariats public-privé ne se limite pas à un apport de capitaux. Il permet de partager les risques, d’accéder à des expertises variées et de tester des technologies dans des conditions réelles. Ce processus contribue aussi à renforcer les compétences des acteurs publics, en matière de négociation, de structuration et de pilotage de projets complexes.
Dans cette logique, l’attractivité repose sur trois piliers clairement identifiés : un cadre législatif solide, des institutions robustes et une politique stable. Ce triptyque conditionne la confiance des investisseurs et structure l’ensemble du modèle marocain.
L’effort d’investissement constitue un autre axe central. À horizon 2030, un programme de près de 12 milliards de dollars vise à ajouter 15 gigawatts de capacité électrique, dont une large majorité issue des énergies renouvelables. Mais au-delà de la production, c’est le réseau qui apparaît comme le véritable point de bascule. Longtemps sous-investi, il fait désormais l’objet d’une accélération notable, avec un rythme d’investissement fortement revu à la hausse.
Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte où le Maroc a déjà atteint un taux d’électrification de 99,9 %, marquant la fin d’un premier cycle. Le défi consiste désormais à transformer cette infrastructure en levier de compétitivité, capable de réduire le coût de l’énergie pour l’économie et les ménages.
Enfin, la réflexion s’étend au secteur minier, considéré comme indissociable de la transition énergétique. Les métaux et minéraux critiques, indispensables aux technologies bas carbone et à l’intelligence artificielle, imposent une approche intégrée. L’enjeu ne se limite plus à l’exploitation, mais englobe les conditions de financement, les standards environnementaux et les mécanismes de certification à l’échelle africaine.
À travers cette vision, se dessine un modèle fondé sur la cohérence, la discipline et l’anticipation, où la transition énergétique devient un vecteur de transformation globale, économique, industrielle et stratégique.


