Sous l’effet combiné du stress hydrique, des exigences d’adaptation climatique et des besoins de modernisation, la finance durable s’impose progressivement comme un critère structurant dans les arbitrages des banques, des bailleurs et des opérateurs au Maroc.
Si l’activité agricole a montré des signes de reprise en 2025, avec une progression de 4,5 % au premier trimestre selon le HCP, cette amélioration ne masque pas une contrainte structurelle plus profonde. Le secteur évolue désormais dans un environnement marqué par une pression hydrique durable, une volatilité accrue des intrants et une exigence croissante de transformation. Dans ce contexte, la finance durable ne se limite plus à un positionnement de principe. Elle s’inscrit de plus en plus dans la gestion concrète du risque.
Son déploiement s’opère à travers trois canaux principaux : le financement bancaire orienté vers la résilience, les subventions publiques à l’investissement agricole et l’appui des bailleurs internationaux aux projets d’adaptation climatique. La question de l’eau en constitue l’illustration la plus directe. Le Programme national d’économie d’eau en irrigation, qui couvre 550.000 hectares et vise une amélioration de l’efficience de 50 % à 90 %, illustre cette convergence entre transition écologique et performance économique.
Ce type d’investissement modifie en profondeur l’analyse financière des projets agricoles. En améliorant l’efficience hydrique et en réduisant l’exposition aux aléas climatiques, les exploitations deviennent plus solides face aux exigences des établissements de crédit. La durabilité quitte alors le registre de la communication pour s’intégrer pleinement dans celui de la gestion du risque.
Dans ce mouvement, le rôle des institutions financières reste central. Le Crédit Agricole du Maroc, principal acteur du financement agricole, affiche une progression continue de ses encours. À fin juin 2025, les crédits distribués atteignaient 117 milliards de dirhams, en hausse de 4 % sur un an, tandis que les ressources collectées progressaient de 11 % pour s’établir à 121 milliards. À fin 2025, l’encours total atteignait 129 milliards de dirhams, confirmant une dynamique de financement malgré un contexte tendu.
Cette évolution traduit un redéploiement vers des besoins plus ciblés, davantage liés à la résilience et à la transformation des exploitations. L’appui de la Banque africaine de développement, qui a annoncé en janvier 2026 un don d’un million de dollars pour accompagner cette transition, s’inscrit dans cette logique, en contribuant à intégrer progressivement la finance climat dans les circuits de financement agricole.
Cette montée en puissance s’articule avec les ambitions de la stratégie Génération Green 2020-2030, qui vise notamment l’émergence de 350.000 nouveaux exploitants, l’intégration de 150.000 jeunes dans de nouvelles organisations agricoles et l’accès de 400.000 ménages à la classe moyenne rurale. La réalisation de ces objectifs dépend étroitement de la structuration des mécanismes financiers et de leur capacité à accompagner les mutations du secteur.
La question du financement apparaît ainsi comme un levier déterminant. Lors de la 34e Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique, le ministre de l’Agriculture a rappelé que la transformation durable des systèmes alimentaires repose sur la mobilisation de ressources adaptées, l’efficacité de la dépense publique et l’implication du secteur privé. Dans un contexte marqué par des crises multiples, la sécurité alimentaire ne relève plus uniquement de la production, mais d’une capacité à construire des systèmes résilients.
Dans cette dynamique, des initiatives comme l’AAA, dédiée à l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique, contribuent à structurer une approche continentale de la finance durable. Le mouvement reste progressif, mais il traduit déjà un changement de paradigme : l’investissement agricole n’est plus seulement une question de rendement, mais de capacité à intégrer les contraintes environnementales et à sécuriser les trajectoires économiques sur le long terme.
Avec FNH


