La coopération financière allemande renforce son empreinte au Maroc avec un dispositif qui combine volume d’investissement, conditionnalité des réformes et logique d’impact mesurable. Avec un portefeuille actif estimé à près de 3 milliards d’euros, KfW positionne le Royaume parmi ses principaux partenaires, tout en orientant ses financements vers des secteurs jugés structurants pour l’économie nationale.
Lors d’une rencontre organisée à Casablanca, les responsables de l’institution ont détaillé les mécanismes d’intervention, confirmant une dynamique soutenue avec des engagements récents avoisinant 650 millions d’euros. Les financements se concentrent sur la mobilité, l’énergie — notamment les énergies renouvelables —, l’eau et le développement économique durable, en cohérence avec les priorités publiques marocaines.
L’un des piliers du dispositif repose sur l’appui budgétaire conditionné. Chaque année, près de 100 millions d’euros sont mobilisés dans le cadre de programmes encadrés par une matrice de réformes structurée autour d’indicateurs précis et de jalons pluriannuels. Le décaissement des fonds est directement lié à l’avancement de ces réformes, introduisant une logique de performance dans l’allocation des ressources.
Le secteur de l’eau illustre cette approche. Des projets menés avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable portent à la fois sur la modernisation des infrastructures et sur l’amélioration de l’efficacité énergétique. Les impacts recherchés sont clairement identifiés : réduction des pertes, baisse des émissions de CO₂ et optimisation des coûts d’exploitation. Des outils de suivi, comme les dispositifs de mesure des nappes phréatiques, viennent compléter ces investissements.
Le soutien au tissu productif constitue un autre axe majeur. Près de 495 millions d’euros ont été engagés en partenariat avec Tamwilcom pour faciliter l’accès au financement des PME et des très petites entreprises, à travers des mécanismes de garantie destinés à encourager les banques à prêter. Parallèlement, des programmes ciblés, comme “Green Invest”, doté de 30 millions d’euros, accompagnent des projets à dimension environnementale.
L’évaluation systématique des projets s’impose comme un principe structurant. Chaque année, plusieurs dizaines d’analyses sont réalisées selon les standards internationaux du CAD de l’OCDE, intégrant des critères tels que l’efficacité, l’impact ou la durabilité. Cette exigence de mesure conditionne la reconduction des financements et renforce la transparence du dispositif.
Au-delà des aspects financiers, la coopération intègre également une dimension sociale, notamment à travers l’intégration de critères liés au genre et le développement de programmes dédiés à l’entrepreneuriat féminin.
Avec plus de six décennies de partenariat, la relation entre le Maroc et la KfW s’inscrit dans une logique de long terme, fondée sur l’alignement avec les politiques publiques et la recherche d’un impact tangible. Ce modèle, articulé autour de la conditionnalité des financements et de l’évaluation continue, tend à s’imposer comme un cadre de référence dans un contexte où les besoins d’investissement restent élevés et où l’efficacité de la dépense publique devient un enjeu central.
Avec Le360



