Et si les barrages marocains devenaient à la fois des réservoirs d’eau et des centrales solaires ? C’est la piste explorée par une étude publiée dans la revue scientifique internationale npj Clean Energy, qui met en évidence le potentiel considérable du solaire flottant au Maroc.

Les chercheurs ont analysé 58 barrages couvrant près de 433 km² de surface. Leur constat est frappant : ces retenues perdent chaque année près de 909 millions de mètres cubes d’eau par évaporation, soit l’équivalent de plusieurs années de consommation d’une grande ville marocaine. Les pertes atteignent leur maximum durant l’été, lorsque les besoins en eau et en électricité sont également les plus élevés.

La solution étudiée consiste à installer des panneaux photovoltaïques flottants à la surface des barrages. Cette technologie présente un double avantage. D’une part, elle produit de l’électricité renouvelable sans mobiliser de terrains agricoles ou urbains. D’autre part, elle réduit l’exposition directe de l’eau au soleil et limite ainsi l’évaporation.

Selon l’étude, une couverture de seulement 1% de la surface des barrages analysés permettrait déjà de générer une quantité significative d’électricité verte. À plus grande échelle, le potentiel devient considérable. Les chercheurs estiment qu’une couverture théorique de 40% des surfaces étudiées pourrait produire un volume d’électricité proche de la consommation nationale actuelle.

Plusieurs barrages concentrent à eux seuls une part importante des pertes d’eau. Al Wahda arrive largement en tête avec près de 184 millions de mètres cubes évaporés chaque année, devant Al Massira, Oued El Makhazine, Idriss Ier et Sidi Mohammed Ben Abdellah.

Pour le consommateur, l’intérêt d’une telle technologie dépasse la seule question environnementale. Dans un contexte marqué par la pression sur les ressources hydriques et la hausse des besoins énergétiques, le solaire flottant pourrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement en eau tout en renforçant la production nationale d’électricité renouvelable. À terme, cette diversification des sources d’énergie pourrait également réduire la dépendance aux importations énergétiques et limiter l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux.

Le Maroc dispose déjà de premières expériences dans ce domaine, notamment une installation pilote à Sidi Slimane et un projet de 13 MW sur le barrage Oued Rmel, destiné à alimenter une partie des besoins énergétiques de Tanger Med.

Les chercheurs rappellent toutefois que chaque projet devra faire l’objet d’études approfondies afin de préserver les différents usages des barrages, qu’il s’agisse de l’eau potable, de l’irrigation, de l’hydroélectricité ou de la protection des écosystèmes. Mais une chose est certaine : à l’heure où l’eau et l’énergie deviennent des ressources de plus en plus stratégiques, les barrages marocains pourraient jouer un rôle bien plus important que celui pour lequel ils avaient été conçus à l’origine.

Avec Le Matin

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