Présenté en première mondiale au Visions du Réel, The Price of the Sun propose une lecture à contre-courant du récit dominant sur les énergies renouvelables. Réalisé par Jérôme le Maire, le film s’intéresse aux effets concrets de la transition énergétique sur les territoires et les populations qui en sont les premières concernées.
Le documentaire prend pour cadre le sud marocain, devenu un espace emblématique du développement des infrastructures solaires et éoliennes. Plutôt que de mettre en avant la performance technologique, le réalisateur choisit de se concentrer sur une communauté nomade berbère, confrontée à des transformations profondes de son environnement et de ses modes de vie.
Ce travail s’inscrit dans une démarche de long terme. Huit années d’enquête et de tournage ont permis d’installer une relation de proximité avec les habitants et d’aborder un sujet sensible avec une approche immersive. Fidèle au cinéma direct, le film se passe de narration explicative et privilégie une observation au plus près du réel, renforcée par une mise en scène qui plonge le spectateur dans le quotidien des populations locales.
À travers cette immersion, le documentaire met en évidence les effets d’une mutation rapide : restriction de l’accès à certaines რესources, contraintes sur la mobilité, transformation des activités économiques. Dans certains cas, les habitants sont amenés à intégrer les chantiers liés aux nouvelles infrastructures, traduisant un basculement des équilibres traditionnels.
Sans adopter une position accusatrice, The Price of the Sun révèle une tension structurante entre deux logiques. D’un côté, un modèle énergétique globalisé, porté par des impératifs climatiques et économiques. De l’autre, des modes de vie fondés sur l’adaptation à un environnement fragile et sur des équilibres locaux anciens.
Au-delà du Maroc, le film interroge la notion même d’énergie « propre ». Derrière cette appellation, il met en évidence des impacts moins visibles, qu’ils soient sociaux, économiques ou culturels. La transition énergétique apparaît ainsi comme un processus complexe, dont les bénéfices globaux peuvent s’accompagner de coûts locaux significatifs.
En filigrane, le documentaire invite à élargir la réflexion. Il ne remet pas en cause la nécessité de cette transition, mais questionne ses modalités et ses effets. Il suggère surtout que les choix énergétiques, souvent perçus comme abstraits, produisent des conséquences concrètes sur des territoires éloignés, appelant à une prise de conscience plus globale des enjeux liés à la consommation d’énergie.
Avec L’Opinion
Transition énergétique : un documentaire met en lumière ses zones d’ombre au Maroc
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