Malgré les avancées juridiques consacrant l’égalité entre les sexes, la participation économique des femmes reste limitée au Maroc. Dans un récent diagnostic, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) met en garde contre le décalage persistant entre les progrès normatifs enregistrés ces dernières années et la réalité de l’insertion professionnelle des femmes, appelant à des réformes structurelles pour lever les obstacles qui freinent leur accès au marché du travail.

Depuis la Constitution de 2011, qui consacre le principe de parité, plusieurs textes ont été adoptés afin de renforcer la protection des droits des femmes et promouvoir leur participation à la vie économique et sociale. Pourtant, selon le CESE, ces avancées juridiques peinent encore à produire des effets tangibles dans le quotidien des citoyennes. Un plafond de verre continue de limiter leur présence dans l’activité économique, révélant les résistances sociales et structurelles qui persistent.

L’un des paradoxes relevés par l’institution concerne le contraste entre la réussite académique des femmes et leur faible participation au marché du travail. Les étudiantes représentent aujourd’hui une part importante des effectifs dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières scientifiques. Elles constituent environ 56 % des étudiants dans les disciplines scientifiques et près de 42 % des élèves dans les écoles d’ingénieurs. Pourtant, cette progression dans l’éducation ne se traduit pas par une intégration équivalente dans la sphère économique.

Le taux d’activité des femmes reste ainsi particulièrement bas. Il s’établit autour de 19 %, contre près de 69 % pour les hommes. Cette situation traduit une sous-utilisation importante du potentiel de compétences dont dispose le pays et constitue, selon le CESE, une perte significative pour l’économie nationale.

À ces difficultés d’accès à l’emploi s’ajoutent d’autres facteurs structurels. Les écarts de rémunération persistent dans plusieurs secteurs du privé et peuvent atteindre des niveaux importants selon les catégories professionnelles. Par ailleurs, la répartition inégale des tâches domestiques continue de peser fortement sur la participation économique des femmes. En moyenne, celles-ci consacrent plus de cinq heures par jour aux activités ménagères, contre moins d’une heure pour les hommes.

Cette charge domestique limite leur disponibilité pour le travail rémunéré et freine leur progression professionnelle. Elle contribue également à réduire leur participation à la vie publique et à la prise de décision.

Face à ces constats, le CESE estime qu’une transformation plus profonde des politiques publiques est nécessaire. L’institution plaide notamment pour une réforme de l’économie du soin, qui permettrait de mieux structurer les services liés à la garde des enfants, à l’accompagnement des personnes âgées ou dépendantes et à l’aide à domicile. Le développement de ces services pourrait faciliter l’accès des femmes au marché du travail tout en créant de nouveaux emplois.

L’objectif affiché par les autorités est de porter le taux d’activité féminine à environ 45 % à l’horizon 2035. Selon les estimations du Haut-Commissariat au Plan, une augmentation significative de la participation des femmes à l’économie pourrait avoir un impact direct sur la croissance. Une hausse de neuf points du taux d’activité féminine pourrait ainsi générer un gain supplémentaire d’environ 3 % du produit intérieur brut d’ici 2035.

Dans cette perspective, le CESE considère que la promotion de l’emploi des femmes ne relève pas uniquement d’une exigence d’égalité. Elle constitue également un levier stratégique pour renforcer la croissance économique, valoriser le capital humain et construire un modèle de développement plus inclusif.

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