Le Maroc accélère sa transition énergétique et prépare un changement d’échelle majeur, porté notamment par le solaire et l’hydrogène vert. Selon L’Economiste, le Royaume ne se limite plus à augmenter la part des énergies renouvelables dans son mix électrique : il ambitionne désormais de devenir un hub régional de production et d’exportation d’énergie propre.
Un mix en mutation
La capacité électrique installée du pays atteint actuellement 12,2 GW. Sur ce total, 5,6 GW proviennent des énergies renouvelables, soit 46% de la puissance installée et 27% de la production nationale.
Le solaire, malgré un potentiel important, ne représente pour l’instant que 1.063 MW, soit 19% de la production renouvelable. Une part appelée à croître rapidement.
À l’horizon 2030, le Maroc vise officiellement 52% de capacité installée en renouvelables. Certaines projections évoquent même un niveau proche de 60%, traduisant une transition appelée à devenir structurante.
3 GW supplémentaires en solaire d’ici 2028
À court terme, le pays prévoit d’ajouter 3 GW de capacité solaire d’ici 2028. Le développement du photovoltaïque, notamment couplé à des batteries de stockage, gagne du terrain grâce à des coûts en baisse et à une mise en œuvre plus rapide.
Le programme Solar Rooftop 500 à Casablanca illustre cette volonté d’encourager l’autoproduction et d’élargir l’accès à l’énergie solaire.
L’hydrogène vert, nouvelle ambition industrielle
Au-delà de l’électricité, le Maroc mise sur l’hydrogène vert pour transformer son modèle énergétique. Sept investisseurs ont été retenus pour lancer un premier pipeline de projets représentant 37 milliards de dollars d’investissement.
Ces projets mobiliseront 20 GW d’énergies renouvelables, dont 10 GW destinés à alimenter des électrolyseurs. L’objectif affiché est de produire jusqu’à 8 millions de tonnes d’hydrogène vert et de ses dérivés par an.
Dans ce dispositif, le solaire devrait contribuer à hauteur d’au moins 3 GW. Le Royaume entend ainsi exporter non seulement de l’électricité verte, mais également des molécules énergétiques.
Des infrastructures à renforcer
Cette montée en puissance nécessite des investissements massifs dans les infrastructures électriques. Le schéma directeur du transport prévoit 25 milliards de dirhams pour moderniser et étendre le réseau, notamment avec une troisième interconnexion avec l’Espagne.
Une ligne en courant continu reliant le Sud au Centre du pays, estimée à 30 milliards de dirhams, permettra d’acheminer jusqu’à 3 GW supplémentaires issus des régions à fort potentiel solaire et éolien.
Répondre à une demande en forte croissance
La demande nationale d’électricité progresse de 7,2% par an. Pour y répondre, un programme d’investissement de 120 milliards de dirhams prévoit l’installation de 15,6 GW supplémentaires, dont 12,4 GW en renouvelables.
Le solaire représente à lui seul 40% de ce plan, avec 33 milliards de dirhams d’investissement prévus. Le gaz jouera un rôle d’appoint pour assurer la flexibilité du système.
Sur le terrain, Masen pilote actuellement 2.443 MW en développement, auxquels s’ajoutent 2.500 MW de capacités de stockage par batteries.
À travers cette stratégie, le Maroc prépare une transformation profonde de son modèle énergétique, combinant sécurité d’approvisionnement, décarbonation et ambition industrielle à l’échelle régionale.
Avec L’Economiste


