Face aux nouvelles exigences de compétitivité et de traçabilité carbone, l’intelligence artificielle pourrait devenir un outil d’aide à la décision pour le Maroc. C’est la thèse défendue par le professeur El M’kaddem Kheddioui, enseignant-chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca, à travers le concept d’« intelligence énergétique ».
Dans un contexte où la pression réglementaire internationale s’intensifie, notamment avec le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), produire de l’énergie renouvelable ne suffit plus. Il devient indispensable de mesurer, tracer et documenter les flux énergétiques et les émissions carbone.
De la capacité installée au pilotage des flux
Le Maroc a fortement investi dans les énergies renouvelables et dispose aujourd’hui d’une stratégie reconnue à l’international. Toutefois, selon le chercheur, le véritable enjeu réside désormais dans la capacité à piloter l’énergie comme un paramètre central de la décision économique.
L’énergie irrigue l’ensemble des chaînes de valeur : industrie, transport, agriculture, numérique ou encore hydrogène vert. Dans ce cadre, elle devient un facteur structurant de compétitivité, au même titre que le capital ou la technologie.
Le passage d’une logique de transition énergétique à une logique de pilotage suppose la mise en place de dispositifs robustes de mesure, de reporting et de vérification (MRV), capables de produire des données auditables et comparables.
Fragmentation des données et défi de gouvernance
Si les audits et les initiatives sectorielles se multiplient au Maroc, les données énergétiques et carbone demeurent souvent fragmentées. L’absence d’un cadre intégré de consolidation limite la capacité à produire un signal stratégique exploitable.
Dans un pays encore dépendant des importations énergétiques, cette fragmentation complique la maîtrise des coûts et l’anticipation des contraintes internationales.
L’IA comme outil analytique
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle pourrait jouer un rôle d’amplificateur analytique. Elle permettrait de traiter des volumes importants de données, de détecter des incohérences et de simuler des scénarios sous contraintes.
Toutefois, le chercheur insiste : l’IA ne doit pas se substituer à la décision humaine. Sa pertinence dépend de la qualité et de l’harmonisation des données disponibles. Sans socle fiable, elle risque d’automatiser des biais ou des imprécisions.
Un socle de données harmonisé, condition préalable
La priorité identifiée consiste à structurer un cadre harmonisé de données énergétiques et carbone. Cela implique l’uniformisation des indicateurs, la traçabilité des flux et la comparabilité des informations.
L’« intelligence énergétique » repose sur deux dimensions :
- un pilotage autonome du champ énergétique ;
- une contribution à l’intelligence économique à travers des indicateurs physiques mesurables et vérifiables.
Selon le professeur El M’kaddem Kheddioui, la transition énergétique fixe une direction, mais seul un pilotage fondé sur la mesure et la preuve permet de transformer cette ambition en avantage économique durable.
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse ainsi la seule production d’énergie verte. Il s’agit de renforcer la gouvernance énergétique afin de consolider la compétitivité dans un environnement international de plus en plus exigeant en matière de transparence carbone.
Avec Le360


