La gestion des déchets ménagers entre dans une nouvelle phase. Après des années dominées par la collecte et l’enfouissement, le gouvernement et les collectivités territoriales engagent une transformation structurelle du modèle national, avec un objectif clair : passer d’une logique d’élimination à une logique de valorisation.
Si l’État assure l’orientation stratégique et l’accompagnement technique, la responsabilité opérationnelle revient aux communes, conformément à la loi organique qui régit les collectivités territoriales. Celles-ci sont chargées de la création, de la gestion et du suivi des équipements dédiés à la collecte et au traitement des déchets, ainsi que de la gestion des décharges.
Le programme national des déchets ménagers, déployé sur la période 2008-2022, a permis des avancées notables. Le taux de collecte professionnelle dans les centres urbains a atteint 96 %, tandis que 29 décharges contrôlées et centres d’enfouissement et de valorisation ont été réalisés. Ces investissements ont contribué à réduire les dépôts sauvages et à structurer le secteur.
Mais l’évaluation du dispositif a mis en évidence ses limites. Le modèle fondé principalement sur l’enfouissement sans tri préalable montre aujourd’hui ses failles environnementales : production de lixiviats menaçant les nappes phréatiques, gaspillage de matières recyclables et faible valorisation des déchets.
Face à ces constats, une nouvelle approche s’impose. Le tri sélectif à la source devient le pilier de la stratégie nationale. Il s’agit désormais de repenser l’ensemble de la chaîne de valeur : collecte différenciée, recyclage, valorisation énergétique et élimination écologique des résidus ultimes.
Cette transition vers un modèle plus durable tient compte des réalités territoriales. Les communes rurales ou celles produisant moins de 50.000 tonnes de déchets par an devront bénéficier de solutions adaptées à leurs capacités financières et humaines, afin d’assurer une mise en œuvre progressive mais efficace.
Le partenariat entre l’État et les collectivités se renforce dans ce cadre. Un comité de pilotage supervise la réhabilitation et la fermeture des décharges sauvages, tandis que des programmes de tri à la source sont progressivement déployés. Certaines communes, à l’image d’Erfoud, ont déjà lancé des études de faisabilité pour introduire ce système.
L’ambition financière est à la hauteur des enjeux. Une convention signée en marge des Assises nationales de la régionalisation avancée prévoit un investissement global de 27,6 milliards de dirhams d’ici 2034. Ce financement permettra la réalisation de 51 centres d’enfouissement et de valorisation et la réhabilitation d’environ 270 décharges sauvages.
Au-delà des infrastructures, la réforme s’inscrit dans une perspective d’économie circulaire. Elle prévoit l’adoption d’un cadre législatif intégrant le tri sélectif, le recyclage, la valorisation des déchets et la responsabilité élargie des producteurs. L’objectif est de transformer les déchets en ressources et de réduire durablement leur impact environnemental.
La gestion des déchets ménagers n’est plus seulement une question de propreté urbaine. Elle devient un levier stratégique de développement durable, où performance environnementale, efficacité économique et équité territoriale doivent désormais converger.
Avec L’Economiste


