Le Maroc illustre à lui seul l’urgence d’une nouvelle approche de la gestion de l’eau. Alors que le pays traverse l’une des sécheresses les plus longues de son histoire récente, les défis ne se limitent plus à l’aménagement technique des ressources. La dix-neuvième édition du Congrès mondial de l’eau, organisée à Marrakech, a mis en lumière l’ampleur d’une crise globale qui transforme l’eau en enjeu social, politique et territorial.
Une pandémie de sécheresse qui dépasse la technique
Pour la géographe et agronome Imane Messaoudi-Mattei, interrogée par Challenge, l’époque des solutions exclusivement techniques est révolue. « Les sécheresses extrêmes deviennent la norme », souligne-t-elle. Selon elle, améliorer les infrastructures existantes ne suffit plus : la gestion de l’eau devient un enjeu de résilience territoriale, d’équité et même de cohésion nationale.
Les débats à Marrakech ont montré que les inégalités d’accès, les tensions entre usages et la fragilité des nappes phréatiques sont désormais au centre des discussions. Certains pays ont intégré cette dimension systémique et réformé leurs politiques, tandis que d’autres restent focalisés sur la modernisation technique, souvent insuffisante face à la gravité de la crise.
Le Maroc : modernisation visible, défis invisibles
Le Royaume a investi massivement dans le dessalement, la réutilisation des eaux usées et les transferts interbassins pour stabiliser l’accès à l’eau potable. Ces projets, ambitieux et coûteux, sont essentiels pour répondre aux besoins urbains et industriels.
Pourtant, avertit Messaoudi-Mattei, la crise la plus profonde se joue dans les territoires ruraux. Les nappes s’épuisent et les agricultures familiales, dépendantes d’un accès fragile à l’eau, se retrouvent en première ligne. Entre modernisation technologique et réformes institutionnelles discrètes – règles d’usage, arbitrages entre agriculture et villes, inégalités foncières –, c’est ce second chantier qui déterminera réellement la durabilité des solutions.
Gouvernance inclusive : placer les acteurs locaux au cœur de la décision
La chercheuse insiste sur la nécessité d’intégrer les petits et moyens agriculteurs dans les discussions, car ils vivent au plus près les effets de la pénurie. « Une gestion durable de la sécheresse ne peut pas être conçue uniquement depuis le haut », explique-t-elle. Pour elle, la solution réside dans une gouvernance de l’eau plus inclusive, fondée sur le dialogue et la participation des acteurs locaux.
Face à une crise hydrique mondiale qui s’aggrave chaque année, le Maroc incarne la nécessité d’un changement de paradigme : de la technique à la systémique, de la seule infrastructure à la résilience sociale et territoriale.
Avec Challenge


