À mesure que la transition énergétique mondiale s’accélère, l’hydrogène vert s’impose comme un levier central des stratégies industrielles. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande pourrait dépasser 500 millions de tonnes d’ici 2050, contre environ 95 millions aujourd’hui, encore largement issus de sources fossiles. Pour le Maroc, l’enjeu dépasse la seule dimension environnementale : il s’agit d’un repositionnement stratégique dans les équilibres énergétiques mondiaux.
L’essor de cette filière s’inscrit dans une transformation structurelle des systèmes énergétiques, marquée par la décarbonation, la recomposition des chaînes d’approvisionnement et l’affirmation de politiques industrielles volontaristes. En Europe, la dépendance au gaz russe, mise en évidence depuis 2022, a accéléré cette dynamique, avec des objectifs ambitieux de production et d’importation d’hydrogène à l’horizon 2030.
Dans ce contexte, une nouvelle compétition mondiale se dessine, favorisant les pays capables de produire une énergie renouvelable abondante et compétitive. Certains États ont déjà pris position à travers des stratégies offensives, combinant investissements massifs, partenariats internationaux et dispositifs de soutien. L’enjeu dépasse la simple production : il s’agit de maîtriser une chaîne de valeur complète, de la génération d’énergie à sa transformation et sa distribution.
Cette logique s’appuie sur une lecture renouvelée de la rentabilité. L’hydrogène vert reste aujourd’hui coûteux, notamment en raison des limites de l’électrolyse, mais cette contrainte pourrait s’atténuer avec la baisse continue du coût des énergies renouvelables. Dans cette perspective, l’avantage compétitif se déplacera vers la capacité à transformer, stocker et acheminer l’énergie.
C’est précisément sur ce terrain que le Maroc tente de se positionner. Depuis l’adoption de sa stratégie nationale en 2021, le Royaume affiche l’ambition de capter jusqu’à 4% de la demande mondiale à l’horizon 2030, en visant notamment le marché européen. Plusieurs accords structurants ont été conclus, notamment avec l’Allemagne, tandis que des projets d’envergure ont été annoncés par des acteurs industriels internationaux et nationaux.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des investissements réalisés dans le solaire et l’éolien, qui ont permis au Maroc de se doter d’une base solide en matière d’énergies renouvelables. L’objectif est désormais de structurer une filière intégrée, capable de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à l’usage industriel.
Le principal défi reste celui du passage à l’échelle. Le développement de l’hydrogène vert nécessite des investissements considérables dans les infrastructures, notamment les électrolyseurs, les réseaux de transport et les capacités de stockage. À cela s’ajoutent des contraintes spécifiques, comme la pression sur les ressources hydriques, qui impose le recours au dessalement, ou encore le coût du financement.
Face à des acteurs disposant de ressources naturelles abondantes, le Maroc mise sur un autre levier : sa position géographique. Sa proximité avec l’Europe constitue un avantage stratégique en matière de logistique, de délais et de sécurité d’approvisionnement. Dans un contexte où la maîtrise des flux devient déterminante, cet atout pourrait s’avérer décisif.
Cette approche traduit une vision de long terme. Il ne s’agit pas uniquement de répondre aux besoins actuels, mais d’anticiper une transformation profonde du système énergétique mondial. Dans un scénario où l’énergie deviendrait largement disponible, la valeur se concentrerait sur les infrastructures de conversion et de distribution.
Le pari marocain repose ainsi sur une logique d’anticipation. Entre incertitudes technologiques et opportunités géoéconomiques, le Royaume cherche à se positionner au cœur des futurs flux énergétiques. Si cette transition se confirme, il pourrait émerger comme un acteur clé. À défaut, les investissements engagés contribueront à renforcer une base industrielle capable de soutenir d’autres trajectoires de développement.
Avec FNH


