En Espagne, la question du financement de la transition écologique change de nature. Ce n’est plus seulement l’existence des ressources qui est en jeu, mais la capacité à transformer ces moyens en projets solides, exécutables et attractifs pour les investisseurs. C’est l’un des principaux enseignements d’un rapport publié par le ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique.
Ce document, consacré à l’état du financement durable dans le pays, dresse un panorama des outils mobilisables pour accompagner la décarbonation de l’économie. Il fait apparaître un écosystème relativement diversifié, où coexistent prêts bancaires, obligations, fonds d’investissement, marchés privés, financements publics et mécanismes assurantiels. Dans cet ensemble, le crédit bancaire et l’intervention publique continuent d’occuper une place centrale.
L’ampleur des besoins reste toutefois considérable. Pour la période 2025-2030, les investissements durables nécessaires sont estimés à près de 283 milliards d’euros, soit plus de 56 milliards par an. L’effort se concentre très largement sur quelques secteurs moteurs de la transition, au premier rang desquels l’énergie, la mobilité et le bâtiment. À eux seuls, ils absorbent l’essentiel des besoins identifiés et constituent les principaux vecteurs de décarbonation.
Cette concentration des financements révèle aussi les déséquilibres du paysage. D’autres domaines, pourtant stratégiques, peinent à capter les moyens nécessaires. L’eau, l’agriculture, l’agroalimentaire ou encore la gestion forestière apparaissent comme des secteurs qui nécessitent un accompagnement plus ciblé pour faire aboutir leurs projets.
Le rapport insiste d’ailleurs sur un paradoxe : les financements existent globalement, portés par une offre abondante et par l’intérêt croissant pour la finance durable. Mais le passage à l’acte reste freiné par des problèmes de rentabilité, de structuration et de maturité des projets.
Autrement dit, le défi espagnol n’est pas uniquement de mobiliser plus de capitaux, mais de créer les conditions qui rendent les projets finançables. C’est dans cette optique que le rapport plaide pour un renforcement de l’attractivité de la finance durable, une meilleure préparation des dossiers d’investissement et une diffusion plus large des bonnes pratiques.
À travers ce diagnostic, Madrid met en lumière une réalité partagée par de nombreux pays : la transition écologique se joue autant dans l’ingénierie financière que dans la capacité à faire émerger des projets crédibles, robustes et bancables.
Avec MapEcology

