Longtemps perçu comme un modèle économique marginal, le mouvement coopératif marocain s’impose progressivement comme l’un des piliers de l’économie sociale et solidaire. Avec près de 70.000 coopératives actives et plus de 778.000 membres, ce tissu d’initiatives locales est aujourd’hui appelé à jouer un rôle plus structurant dans la création de valeur, l’emploi et le développement territorial.
Ces chiffres, communiqués par le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Lahcen Saâdi, témoignent de la transformation progressive d’un secteur longtemps cantonné à des activités de subsistance. L’ambition des autorités est désormais d’en faire un véritable levier économique capable de contribuer davantage à la richesse nationale.
Le mouvement coopératif se distingue d’abord par son fort ancrage territorial. Près de 62 % des coopératives sont implantées dans les zones rurales, où elles constituent souvent une source de revenus complémentaire pour les populations locales. Dans ces territoires, elles permettent de valoriser les productions agricoles, artisanales ou alimentaires tout en favorisant l’organisation collective des producteurs.
Le secteur se caractérise également par sa dimension sociale. Les femmes représentent aujourd’hui 34 % des membres des coopératives, un indicateur qui illustre leur rôle croissant dans l’autonomisation économique féminine, notamment dans les zones rurales.
Au-delà de cette dimension sociale, l’objectif des pouvoirs publics est désormais d’accroître l’impact économique du secteur. Les autorités ambitionnent ainsi de porter la contribution de l’économie sociale et solidaire entre 6 % et 8 % du PIB, tout en favorisant la création d’environ 50.000 emplois durables chaque année.
Certaines régions illustrent déjà cette dynamique. La région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, par exemple, compte près de 6.000 coopératives, dont plus des deux tiers sont situées en milieu rural. Des salons régionaux et des marchés solidaires y sont régulièrement organisés afin d’améliorer la visibilité des produits coopératifs et de faciliter leur accès aux circuits de commercialisation.
L’accès au marché reste en effet l’un des principaux défis du secteur. Pour y répondre, plusieurs initiatives ont été mises en place afin de promouvoir les produits issus de l’économie sociale. Entre 2021 et 2025, une vingtaine de salons régionaux ont permis à plus de 3.600 organisations de présenter leurs produits et services, générant près de 200 millions de dirhams de chiffre d’affaires.
Les marchés solidaires itinérants constituent également un outil de promotion important. Plusieurs éditions organisées dans différentes villes du pays ont rassemblé plus d’un millier d’organisations et permis de générer plusieurs dizaines de millions de dirhams de ventes.
Le développement du secteur s’appuie aussi sur des mécanismes de financement et d’accompagnement. Le programme Moazara, par exemple, a soutenu plusieurs centaines de projets coopératifs, avec une forte participation des femmes et une attention particulière portée aux territoires ruraux.
D’autres initiatives visent à encourager l’innovation dans l’économie sociale. Des distinctions nationales comme « Lalla Al Moutaâawina » ou « Al Jil Al Moutadamine » récompensent chaque année des projets coopératifs innovants et contribuent à soutenir leur développement.
La structuration d’une nouvelle génération de coopératives constitue également un axe central des politiques publiques. Le programme Mourafaka prévoit notamment l’accompagnement de centaines de nouvelles coopératives chaque année afin de renforcer leurs capacités de gestion et de développement.
Dans le secteur agricole, cette dynamique s’inscrit dans la stratégie Génération Green, qui vise la création de 18.000 coopératives agricoles de nouvelle génération à l’horizon 2030. Parallèlement, des programmes dédiés soutiennent l’entrepreneuriat féminin en milieu rural et encouragent la création d’activités économiques collectives.
La modernisation du secteur passe également par le numérique. Les autorités ont engagé la digitalisation du processus de création des coopératives, avec la mise en place d’un système d’information reliant les registres des tribunaux de première instance. Plusieurs coopératives ont aussi été accompagnées dans leur transition numérique et certaines se sont déjà lancées dans le commerce électronique.
Malgré cette dynamique, le principal défi reste celui du changement d’échelle. Si le nombre de coopératives a fortement progressé ces dernières années, leur impact économique reste encore limité. L’enjeu consiste désormais à transformer ce réseau dense d’initiatives locales en un véritable moteur de développement économique.
Dans cette perspective, les programmes de formation et de sensibilisation se multiplient afin d’accompagner la professionnalisation du secteur. Les autorités misent sur l’amélioration des compétences de gestion, le renforcement de l’accès aux marchés et l’innovation pour permettre au modèle coopératif de franchir une nouvelle étape dans son développement.
Entre inclusion sociale, développement rural et entrepreneuriat féminin, les coopératives apparaissent ainsi de plus en plus comme un instrument stratégique pour construire une économie plus inclusive et mieux ancrée dans les territoires.
Source L’Opinion


