Construire le plus long pont du Maroc au-dessus d’une zone humide transforme la protection de l’environnement en obligation de chantier, et non en supplément de communication. À Laâyoune, l’ouvrage est déjà réalisé à 56 %. La véritable mesure de sa réussite ne reposera donc pas uniquement sur sa longueur ou sur sa capacité à fluidifier le trafic, mais aussi sur l’état de l’oued Sakia El Hamra après les travaux.
Un chantier à 56 pour cent au-dessus d’une zone humide
Dans un reportage signé Hamdi Yara, Le360 indique que le chantier mobilise environ 1,38 milliard de dirhams et fonctionne jour et nuit. Intégré au nouveau modèle de développement des provinces du Sud, le pont doit améliorer la circulation et renforcer la connexion de Laâyoune avec ses environs.
L’ouvrage franchit cependant un espace classé zone humide d’intérêt national. Les berges accueillent une végétation désertique ainsi que des oiseaux résidents et migrateurs, dont des flamants roses. Cette présence impose de concilier le rythme du chantier avec le fonctionnement naturel de l’oued.
L’espacement des piles tient compte des deux lits de l’oued
La protection de l’écosystème a été intégrée dès la conception. L’espacement entre les piles du pont tient compte des deux lits de l’oued afin de préserver son fonctionnement naturel.
Mbarek Fancha, directeur central du projet de la voie express Tiznit-Dakhla, indique que les ouvriers reçoivent des consignes et des formations régulières sur les pratiques environnementales. Le projet a, selon lui, obtenu l’approbation de la Commission nationale de l’environnement dans le cadre des mesures de prévention et de suivi.
Mais l’approbation initiale ne clôt pas la question. Sur un chantier mené en continu, l’enjeu réside dans l’application quotidienne des consignes, leur contrôle et la capacité à corriger rapidement les écarts.
Une équipe verte mobilisée en permanence
Le site dispose d’une « équipe verte » chargée de la propreté et du respect des règles environnementales vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Les pistes et les zones de circulation sont arrosées régulièrement pour limiter les poussières.
La vitesse des véhicules et des engins est plafonnée à 20 kilomètres par heure. Cette mesure vise à réduire simultanément la dispersion des poussières et les nuisances sonores. Des appareils mesurent également le bruit dans la zone afin de limiter les perturbations subies par les oiseaux qui circulent entre les deux rives.
Ce dispositif rend le suivi observable, mais une question demeure : quels niveaux sont effectivement relevés et quelles mesures sont prises lorsque les seuils fixés sont dépassés ? Le reportage décrit les instruments de contrôle sans publier leurs résultats.
Huiles et déchets font l’objet de circuits distincts
Les huiles usagées sont collectées dans des espaces aménagés pour empêcher leur écoulement vers les sols ou les eaux souterraines. Une entreprise spécialisée assure ensuite leur traitement, leur recyclage ou leur valorisation selon leur nature.
Les déchets chimiques sont stockés séparément avant leur transfert vers des sites autorisés. Le chantier applique aussi un tri entre les déchets ménagers, les déchets dangereux, les plastiques et les métaux.
La séparation des flux est une condition nécessaire, mais elle ne vaut que si le parcours reste traçable jusqu’au traitement final. Pour un ouvrage financé à hauteur de 1,38 milliard de dirhams, le contribuable est en droit d’attendre que la performance environnementale soit suivie avec la même précision que l’avancement technique.
Le pont doit aussi désengorger Laâyoune
Le projet doit faciliter les liaisons entre Laâyoune et ses périphéries nord, ouest et sud. Il vise notamment à réduire la congestion provoquée par les poids lourds et les véhicules de grande dimension.
L’amélioration de la circulation est également présentée comme un levier pour les échanges économiques et l’activité touristique. L’utilité de l’ouvrage se jouera donc sur deux horizons : la mobilité quotidienne après sa mise en service et la préservation immédiate du milieu traversé pendant sa construction.
Pour rappel, le chantier est avancé à 56 %. À ce stade, les mesures annoncées — limitation à 20 kilomètres par heure, suivi du bruit, gestion séparée des huiles et des déchets, présence permanente d’une équipe verte — constituent déjà des engagements vérifiables. La suite devra montrer si le plus long pont du Royaume peut aussi devenir une référence de transparence environnementale.


