Le Maroc s’apprête à lancer une nouvelle étape majeure de sa stratégie hydrique avec la deuxième phase du transfert d’eau entre les bassins du Sebou et de l’Oum Er-Rbia. Porté dans le cadre d’un partenariat public-privé associant l’État, Taqa Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, le projet ambitionne de faire du transport de l’eau une infrastructure nationale aussi stratégique que les réseaux énergétiques.

L’ouvrage prévoit la réalisation de près de 300 kilomètres de conduites capables d’acheminer jusqu’à 800 millions de mètres cubes d’eau par an depuis les zones excédentaires du nord vers les régions déficitaires du centre du Royaume. Une approche qui marque un tournant dans la gestion des ressources hydriques, désormais fondée sur la solidarité entre bassins et la mutualisation des disponibilités en eau.

Cette nouvelle phase intervient dans un contexte de stress hydrique durable. Malgré l’amélioration récente des précipitations, les autorités privilégient une réponse structurelle destinée à réduire la dépendance des grandes agglomérations et des zones agricoles à un seul bassin hydraulique.

La première autoroute de l’eau, mise en service en 2023, avait déjà démontré son utilité en permettant le transfert de près de 484 millions de mètres cubes d’eau du bassin du Sebou vers le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, contribuant ainsi à sécuriser l’approvisionnement en eau de l’axe Rabat-Casablanca durant les périodes de forte tension.

La deuxième phase prévoit le renforcement de cette infrastructure ainsi que la création d’un nouveau corridor reliant le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah au barrage Al Massira. L’objectif est d’alimenter durablement les régions de Settat, Berrechid, le sud de Casablanca ainsi que plusieurs périmètres agricoles stratégiques du bassin de l’Oum Er-Rbia.

Au-delà de l’enjeu de l’approvisionnement en eau potable, le projet devrait également soutenir l’activité agricole. Les transferts envisagés pourraient contribuer à sécuriser l’irrigation de plus de 176.000 hectares et réduire la pression sur plusieurs nappes phréatiques fortement sollicitées, notamment dans les régions de Berrechid et des Doukkala.

Cette infrastructure s’inscrit dans un programme global de 130 milliards de dirhams conclu en 2025 entre les partenaires et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable. Celui-ci couvre également le dessalement, les énergies renouvelables, les infrastructures électriques et la production d’électricité à partir du gaz naturel.

L’une des innovations du dispositif réside précisément dans l’articulation entre eau et énergie. Les futures stations de pompage devraient être alimentées par de nouvelles capacités renouvelables, permettant de limiter l’empreinte carbone du système tout en renforçant sa résilience énergétique.

Si plusieurs défis demeurent, notamment en matière de foncier, d’autorisations administratives et d’études environnementales, cette deuxième phase traduit une évolution profonde de la politique hydraulique marocaine. Après des décennies dominées par la stratégie des barrages, le Royaume construit progressivement un modèle intégré associant transport de l’eau, transition énergétique et aménagement du territoire afin de renforcer durablement sa sécurité hydrique.

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