Masen vient d’opérer un mouvement financier majeur en réduisant son capital social de 53,7%, le faisant passer de 4,75 milliards à 2,2 milliards de dirhams (source Barlamane). Derrière cette opération comptable, c’est toute l’équation financière des grands projets renouvelables marocains qui revient au centre du débat.

Une réduction de capital de cette ampleur n’est jamais neutre. Pour un acteur comme Masen, chargé de porter des projets énergétiques lourds, financés sur le long terme et souvent adossés à des garanties publiques, le capital social joue un rôle important dans la perception de solidité financière. Il participe à la crédibilité de l’institution auprès des bailleurs de fonds, des investisseurs privés et des partenaires industriels.

L’opération peut d’abord être lue comme un ajustement de bilan. Les grands projets solaires, notamment le complexe Noor Ouarzazate, ont nécessité des financements massifs auprès d’institutions internationales, avec la garantie de l’État. Or, ces actifs sont amortis sur de très longues périodes, tandis que certaines centrales ont généré des pertes importantes, estimées par le CESE à près de 800 millions de dirhams par an pour Noor I, II et III.

En réduisant son capital, Masen semble donc acter une partie des tensions financières accumulées autour de son modèle historique. Le solaire thermodynamique de Noor a permis au Maroc de se positionner très tôt comme pionnier africain des énergies renouvelables, mais il a aussi révélé le coût élevé de certaines technologies lorsqu’elles sont déployées à grande échelle avant leur pleine maturité économique.

La principale conséquence concerne la capacité future de Masen à financer sa montée en puissance. L’agence reste au cœur de l’objectif national visant à porter la part des renouvelables à au moins 52% de la capacité électrique installée à l’horizon 2030. Son portefeuille ne se limite plus au solaire. Il inclut désormais Noor Midelt, des projets éoliens, hydrauliques et des développements liés à l’hydrogène vert.

Or, chaque nouveau gigawatt exige des investissements considérables : foncier, raccordement, stockage, dette longue, contrats d’achat d’électricité et garanties de solvabilité. Dans ce contexte, une base de capital réduite peut renforcer la pression sur l’État, les bailleurs internationaux et les partenaires privés pour structurer les prochains financements.

Cette décision pose aussi la question du partage des risques. Le Maroc veut accélérer sa transition énergétique, réduire sa facture fossile et attirer des capitaux étrangers dans les filières vertes. Mais pour que cette ambition soit soutenable, le modèle financier doit mieux répartir les coûts entre opérateurs publics, investisseurs privés, acheteurs d’électricité et consommateurs finaux.

Le signal envoyé aux investisseurs devra donc être soigneusement géré. Si l’opération est perçue comme un assainissement comptable permettant de repartir sur des bases plus réalistes, elle peut renforcer la transparence financière de Masen. Mais si elle est interprétée comme le signe d’un affaiblissement structurel, elle pourrait compliquer les futures levées de fonds ou renchérir le coût du capital.

Au fond, cette réduction de capital marque peut-être la fin d’une première phase de la transition énergétique marocaine : celle des grands projets vitrines, fortement portés par la puissance publique. La prochaine phase devra être plus sélective, plus compétitive et plus rigoureuse financièrement.

Pour Masen, l’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage d’électricité verte. Il est désormais de prouver que la transition énergétique peut être financée durablement, sans alourdir excessivement les finances publiques ni se traduire par un coût final trop élevé pour l’économie et les consommateurs.

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

Exit mobile version
×