Alors que la tarification du carbone s’impose progressivement comme l’un des principaux outils de lutte contre le changement climatique, l’Afrique évolue à deux vitesses. D’un côté, quelques pays mettent en place des mécanismes fiscaux destinés à pénaliser les émissions de CO₂. De l’autre, une majorité d’États misent davantage sur les marchés internationaux des crédits carbone pour attirer les investissements liés à la transition énergétique.

Selon le rapport 2026 « State and Trends of Carbon Pricing » de la Banque mondiale, le prix moyen du carbone en Afrique subsaharienne atteint désormais 19 dollars par tonne de CO₂, un niveau supérieur à celui observé dans plusieurs autres régions du monde émergent. Cette situation s’explique principalement par l’Afrique du Sud, qui dispose aujourd’hui du mécanisme de taxation carbone le plus avancé du continent.

Pretoria a récemment renforcé son dispositif en augmentant de 31 % sa taxe carbone, portant son niveau à 308 rands par tonne de CO₂ équivalent. Cette politique place le pays parmi les juridictions les plus engagées dans la tarification directe des émissions, aux côtés d’un nombre limité d’États africains.

La Mauritanie a rejoint récemment ce cercle restreint en mettant en place sa propre taxe carbone, tandis que le Nigeria applique une fiscalité spécifique sur le torchage du gaz dans le secteur pétrolier afin de réduire les émissions associées à cette pratique.

D’autres pays, dont le Maroc, le Kenya, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Botswana, étudient actuellement différentes formes de taxation du carbone ou de marchés d’échange de quotas d’émission. Pour ces économies, l’enjeu devient de plus en plus stratégique avec l’entrée en vigueur progressive des mécanismes européens de taxation carbone aux frontières.

Le Maroc se trouve dans une position particulière. S’il ne dispose pas encore d’une taxe carbone opérationnelle ni d’un marché national du carbone, le Royaume participe déjà aux nouveaux mécanismes internationaux prévus par l’Accord de Paris. Cette approche lui permet de tester les marchés des crédits carbone tout en poursuivant sa transition industrielle et énergétique.

Parallèlement, l’Afrique renforce progressivement sa place sur le marché mondial des crédits carbone. Plusieurs pays se positionnent comme fournisseurs de réductions d’émissions destinées à être valorisées auprès d’États ou d’entreprises cherchant à compenser leur empreinte carbone.

Le Rwanda figure aujourd’hui parmi les acteurs les plus actifs du continent dans ce domaine, tandis que d’autres pays comme le Malawi, Madagascar, le Zimbabwe ou la Sierra Leone développent également des projets générateurs de crédits carbone. Le Maroc apparaît lui aussi dans cette dynamique, même si son volume d’opérations reste encore limité.

Cette montée en puissance des crédits carbone intervient dans un contexte où les besoins mondiaux de compensation des émissions devraient fortement progresser, notamment avec le développement du mécanisme CORSIA destiné au secteur aérien international.

Cependant, la Banque mondiale souligne que l’Afrique reste encore largement sous-représentée dans les nouveaux projets carbone les plus rémunérateurs. Les pays du continent peinent souvent à obtenir les certifications et les validations nécessaires pour accéder aux segments les plus valorisés du marché.

Au-delà des opportunités financières, la question centrale demeure celle de l’équilibre entre compétitivité économique et transition écologique. Les gouvernements africains doivent en effet trouver le bon dosage entre taxation des émissions, attractivité industrielle et valorisation de leurs ressources naturelles dans les nouveaux marchés climatiques.

Dans ce contexte, le continent apparaît comme l’un des futurs terrains majeurs de la finance carbone mondiale. Entre développement des crédits carbone, émergence de taxes nationales et pression croissante des marchés internationaux, l’Afrique entre progressivement dans une nouvelle phase de son intégration à l’économie mondiale de la décarbonation.

Avec le360

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