L’entrée en vigueur complète du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne place désormais les exportateurs marocains face à une nouvelle réalité économique et réglementaire. Depuis le 1er janvier 2026, le dispositif européen est passé de la phase déclarative à une phase financière, obligeant les entreprises concernées à intégrer concrètement le coût carbone dans leurs activités exportatrices.
Porté par le Pacte vert européen, ce mécanisme vise à limiter les “fuites de carbone” et à soumettre les produits importés aux mêmes exigences environnementales que celles imposées aux industriels européens.
Le dispositif cible actuellement plusieurs secteurs fortement émetteurs, notamment le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais, l’hydrogène et l’électricité. Pour les entreprises marocaines exportant vers l’Europe, l’enjeu devient double : assurer la traçabilité précise des émissions de CO₂ tout en absorbant un coût carbone susceptible d’affecter leur compétitivité.
Face à cette nouvelle donne, la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX) appelle les entreprises à passer rapidement à l’action. Lors d’une rencontre organisée à Tanger avec plusieurs partenaires institutionnels et financiers, l’organisation patronale a insisté sur le fait que la transition écologique devient désormais un facteur direct de compétitivité commerciale.
Le groupe OCP figure parmi les premiers industriels marocains à avoir engagé des investissements structurants dans ce domaine. Le remplacement du transport d’une grande partie de la production de Khouribga vers Jorf Lasfar par un pipeline de 187 kilomètres aurait permis d’éviter l’émission de 665.000 tonnes de CO₂.
Pour accompagner les industriels, plusieurs outils de transition énergétique ont été présentés, notamment autour de l’autoproduction électrique et de l’efficacité énergétique. La loi 82-21 sur l’autoproduction d’électricité permet désormais aux entreprises de produire et de valoriser leur propre énergie renouvelable.
Des opérateurs spécialisés estiment que les solutions solaires en autoconsommation peuvent permettre de réduire jusqu’à 40% de la facture énergétique et près de 30% des consommations globales.
Sur le volet financier, des dispositifs de soutien à l’investissement vert ont également été mis en avant, avec des mécanismes de cofinancement et de garantie destinés à faciliter les projets liés à la décarbonation industrielle.
L’ASMEX recommande aux entreprises d’engager rapidement plusieurs actions prioritaires : évaluer leur niveau réel d’exposition au MACF, structurer les données carbone internes, réaliser des audits énergétiques et anticiper les futurs coûts liés aux émissions.
À court terme, seuls environ 3% des exportations marocaines seraient directement concernées, principalement dans les engrais. Mais l’extension annoncée du mécanisme à d’autres secteurs comme l’automobile, le textile ou l’agroalimentaire pourrait porter cette exposition à près de 10% des exportations marocaines d’ici 2028.
Au-delà de la réglementation européenne, les exigences des donneurs d’ordre internationaux accélèrent déjà la transformation. Les industriels marocains sont de plus en plus sollicités sur les questions ESG, la traçabilité carbone et les performances environnementales de leurs chaînes de production.
Pour les acteurs du commerce extérieur, la décarbonation apparaît désormais moins comme une contrainte réglementaire que comme un nouveau critère d’accès aux marchés internationaux et un levier potentiel de différenciation compétitive.
Avec L’Économiste.



