La 9e édition du Salon international des technologies de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie s’est ouverte à Marrakech dans un contexte marqué par l’intensification des tensions liées au stress hydrique, aux changements climatiques et à la sécurisation durable des ressources stratégiques.
Organisé avec la participation de la Coalition marocaine pour l’eau, de la Confédération générale des entreprises du Maroc, de l’Université Cadi Ayyad ainsi que du Conseil mondial de l’eau, l’événement rassemble décideurs publics, universitaires, industriels et experts autour des nouveaux modèles de gouvernance hydrique et de résilience territoriale.
Cette édition intervient alors que les enjeux liés à l’eau occupent une place centrale dans les politiques publiques marocaines, sous l’effet combiné des sécheresses répétées, de la pression démographique, de l’évolution des besoins agricoles et industriels et de l’accélération des transformations climatiques.
Le salon consacre une large place au concept de nexus eau-énergie-agriculture-santé, une approche qui vise à articuler plusieurs secteurs interdépendants dans une logique de gouvernance intégrée et durable.
Une rencontre baptisée “Intergenerational 4 Water” a notamment permis d’ouvrir le dialogue entre experts et jeunes générations autour des enjeux du développement durable appliqués au contexte marocain.
Les échanges ont mis en avant une évolution profonde de la manière d’aborder la question hydrique. Longtemps traitée sous un angle essentiellement technique, la gestion de l’eau est désormais considérée comme un enjeu transversal touchant à la sécurité alimentaire, aux politiques énergétiques, aux équilibres sanitaires et à la stabilité économique des territoires.
Prenant la parole lors de l’ouverture, Loïc Fauchon a salué le positionnement du Maroc dans le domaine de la gestion hydrique, qualifiant le Royaume de “véritable modèle” grâce à une politique intégrée et à la maîtrise croissante des technologies de mobilisation des ressources en eau.
Le responsable a estimé que le Maroc se situe aujourd’hui “à l’avant-garde” sur ces questions, notamment grâce aux investissements engagés dans les barrages, le dessalement de l’eau de mer, le transfert interbassins et la réutilisation des eaux usées traitées.
De son côté, Ryad Mezzour a rappelé que le Royaume poursuit une stratégie intégrée visant à renforcer sa souveraineté hydrique.
Le ministre a détaillé plusieurs axes structurants de cette politique, notamment la poursuite des programmes de barrages, le développement du dessalement, les transferts hydrauliques entre bassins et la valorisation des eaux usées traitées.
Selon lui, cette vision devrait permettre au Maroc d’assurer à l’horizon 2030 près de 80% des besoins en eau destinés à l’irrigation.
Les débats consacrés au nexus eau-énergie-agriculture-santé ont également insisté sur la nécessité de dépasser les approches sectorielles classiques pour construire des mécanismes de gouvernance plus transversaux.
Soukaina Bouraoui a ainsi présenté le nexus comme un véritable “précepte d’action” destiné à mettre en cohérence les politiques environnementales et les stratégies de gestion des ressources.
Elle a notamment insisté sur l’importance du paradigme de la sobriété dans un contexte de raréfaction des ressources et de hausse continue des besoins.
La gouvernance territoriale a également occupé une place importante dans les échanges.
Le directeur général de la Société régionale multiservices Marrakech-Safi, Abdellah Ilhami, a expliqué que les nouvelles sociétés régionales multiservices visent à intégrer la gestion de l’eau potable, de l’électricité et de l’assainissement liquide à l’échelle régionale afin d’améliorer la cohérence des investissements publics et la proximité avec les citoyens.
Le financement durable de la transition hydrique et énergétique a constitué un autre axe central des discussions.
BMCI, à travers sa Chief Sustainability Officer Ilham Harket, a rappelé l’intégration croissante des enjeux climatiques dans les stratégies bancaires et le développement de solutions dédiées à la transition énergétique et à la gestion durable de l’eau.
Le secteur industriel a également présenté plusieurs initiatives liées à l’efficacité hydrique et à la réutilisation des eaux usées.
Représentant le groupe Managem, Saad Azzaoui a détaillé plusieurs projets visant à réduire la pression sur les ressources conventionnelles à travers la valorisation des eaux usées traitées et l’amélioration de l’efficacité énergétique.
Enfin, l’expert en résilience territoriale Nicolas Imbert a plaidé pour une approche plus globale des politiques liées à l’eau et au climat, en mettant l’accent sur le rôle croissant des collectivités territoriales dans les stratégies d’adaptation climatique et de sobriété hydrique.
La cérémonie d’ouverture du Salon international des technologies de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie a également été marquée par un hommage rendu à Ali Fassi Fihri.
À travers cette édition, le SITeau confirme le déplacement progressif des débats sur l’eau vers des enjeux plus larges de souveraineté économique, de résilience climatique et de transformation durable des territoires.
Avec Le360


