Le Maroc pourrait devenir, à partir de 2030, l’un des principaux fournisseurs de l’Union européenne en hydrogène vert et en ammoniac bas carbone, selon des analyses présentées par Boston Consulting Group lors des journées danoises du gaz vert « Grønne Gasdage ».
Les études présentées durant cette conférence consacrée aux recompositions énergétiques mondiales identifient explicitement le Maroc et l’Afrique du Nord parmi les régions capables d’exporter massivement de l’ammoniac vert et de l’hydrogène vers les ports européens.
Selon les projections du cabinet américain, les coûts de l’ammoniac vert livré à Hambourg depuis le Maroc et l’Afrique du Nord oscilleraient entre 900 et 1 200 euros par tonne, tandis que les coûts de l’hydrogène vert exporté vers l’Europe seraient compris entre 5 et 7,3 euros par kilogramme.
Le rapport estime que l’Europe pourrait faire face dès 2030 à un déficit structurel majeur entre sa production domestique et sa demande industrielle en molécules décarbonées. Les besoins européens en ammoniac vert pourraient atteindre 6,9 millions de tonnes, contre une offre locale limitée à 0,5 million de tonnes.
Boston Consulting Group considère que cette situation obligera l’Europe à dépendre fortement des importations provenant notamment d’Afrique du Nord, d’Asie et d’autres producteurs émergents.
Les analyses attribuent la compétitivité potentielle du Maroc à plusieurs facteurs, dont sa proximité géographique avec l’Europe, l’abondance de ses ressources solaires et éoliennes, la disponibilité du foncier et des coûts énergétiques jugés plus faibles que dans plusieurs économies européennes.
Le cabinet souligne également que l’ammoniac vert devrait devenir le principal vecteur logistique des futurs échanges internationaux d’hydrogène. Selon les données présentées, 56% des projets mondiaux avancés d’hydrogène vert destinés à l’horizon 2030 concernent l’ammoniac, contre 30% pour l’hydrogène directement exporté et 14% pour le méthanol.
Le document insiste par ailleurs sur les investissements importants qui seront nécessaires dans les infrastructures portuaires, les pipelines, les terminaux de réception et les installations de conversion chimique pour accompagner cette transformation des échanges énergétiques mondiaux.
Boston Consulting Group souligne toutefois que certains pays asiatiques, notamment l’Inde et la Chine, pourraient conserver un avantage compétitif sur plusieurs segments du marché grâce à des coûts de production plus faibles.
Le rapport évoque également les incertitudes réglementaires qui entourent encore le développement du marché européen de l’hydrogène vert, notamment autour des mécanismes de subventions, du système ETS et des objectifs fixés par la directive RED III.
Les consultants estiment enfin que les futurs arbitrages énergétiques devront privilégier les usages les plus efficaces de l’électricité décarbonée et de l’hydrogène vert, dans un contexte de pression croissante sur la compétitivité industrielle européenne.
Avec Barlamane


