Une analyse du Atlantic Council met en lumière un paradoxe marocain : une ambition affirmée en matière de transition énergétique, soutenue par un potentiel solaire et éolien considérable, mais freinée par des contraintes financières persistantes.

Le Royaume s’est engagé à réduire significativement ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, dans le cadre de l’Accord de Paris. Cette trajectoire repose sur plusieurs dizaines de mesures couvrant l’énergie, les transports, l’agriculture ou encore l’industrie. Mais leur mise en œuvre dépend largement de financements extérieurs, révélant une dépendance structurelle aux capitaux internationaux.

Dans les faits, le mix énergétique reste encore dominé par les énergies fossiles. Le pétrole et le charbon occupent une place prépondérante dans l’approvisionnement et la production d’électricité, exposant le pays aux fluctuations des marchés internationaux et alourdissant son empreinte carbone. Cette situation contraste avec la montée progressive des renouvelables, dont la part dans la production électrique a augmenté ces dernières années, sans toutefois inverser l’équilibre global.

Pourtant, les atouts naturels du Maroc sont reconnus. L’ensoleillement élevé et les ressources éoliennes positionnent le pays comme un acteur crédible de l’énergie verte, avec des projets structurants déjà opérationnels, notamment le complexe solaire de Ouarzazate. Le Royaume se projette également sur des segments émergents comme l’hydrogène vert, avec des ambitions de production à grande échelle.

Le principal obstacle reste financier. Les besoins d’investissement pour la période 2026-2035 sont estimés à près de 96 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent des montants significatifs pour le développement des énergies renouvelables et de l’hydrogène. Malgré une mobilisation notable de financements climatiques, l’apport du secteur privé demeure insuffisant, en raison des risques perçus et des contraintes budgétaires.

Dans ce contexte, la note souligne plusieurs limites structurelles, notamment l’absence de mécanismes précis de suivi des dépenses climatiques et une pression accrue sur les finances publiques. Ces éléments compliquent l’attractivité du pays auprès des investisseurs et freinent la montée en puissance des projets.

Pour surmonter ces blocages, les experts avancent des solutions innovantes, à l’image d’un mécanisme de garantie destiné à sécuriser les investissements privés dans les projets climatiques. Ce type de dispositif permettrait de réduire les risques et de faciliter l’accès aux financements, sans alourdir la dette souveraine.

Une telle approche pourrait accélérer le développement de projets dans des domaines stratégiques comme le solaire, le dessalement d’eau ou l’hydrogène vert. Elle offrirait également un cadre plus favorable à l’émergence d’un écosystème énergétique durable, capable de concilier sécurité d’approvisionnement, compétitivité économique et engagements climatiques.

Au final, la transition énergétique marocaine apparaît moins comme une question de ressources que comme un enjeu d’ingénierie financière. Entre ambitions affichées et contraintes de financement, le défi consiste désormais à structurer des mécanismes capables de transformer le potentiel en réalisations concrètes.

Avec Barlamane

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