Porté par un cycle d’investissements massif dans les infrastructures, le Maroc renforce son recours au ciment, un matériau indispensable mais fortement émetteur de CO₂. Cette dépendance place le secteur cimentier au cœur d’une équation complexe : soutenir la croissance tout en réduisant son empreinte carbone.
Selon les données du secteur, la production de ciment représente déjà entre 8 et 10 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Dans un contexte marqué par la préparation de grands projets, notamment liés à la Coupe du monde 2030, la demande devrait continuer à progresser, accentuant la pression environnementale.
Face à cette contradiction, l’Association professionnelle des cimentiers a défini une trajectoire de transition visant une réduction de 23 % des émissions à l’horizon 2030, avec une neutralité carbone envisagée en 2050. Mais la mise en œuvre s’annonce particulièrement complexe.
Contrairement à d’autres industries, une part significative des émissions du ciment provient du processus chimique lui-même. La fabrication du clinker, composant central, implique la cuisson du calcaire à très haute température, générant mécaniquement du CO₂, indépendamment des sources d’énergie utilisées. Cette contrainte limite fortement les marges de réduction à court terme.
Pour avancer, plusieurs leviers sont activés. Le recours à des combustibles alternatifs issus de déchets constitue l’axe principal, avec des volumes appelés à croître significativement. L’intégration accrue d’énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique viennent compléter ce dispositif, même si leur impact reste partiel.
Par ailleurs, les industriels cherchent à réduire la part de clinker dans le ciment en intégrant des matériaux de substitution. Une évolution qui suppose une adaptation des normes de construction et des pratiques du secteur du bâtiment.
Au-delà des aspects techniques, cette transformation repose sur une dynamique collective. Collectivités locales, filières de gestion des déchets, acteurs de la construction et institutions financières sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la réussite de cette transition.
La question du financement reste toutefois centrale. Les investissements nécessaires sont importants et pourraient se répercuter sur les coûts de production, avec un impact potentiel sur les prix du ciment et, par extension, sur le coût du logement.
Dans ce contexte, la décarbonation du secteur apparaît comme un pari à la fois industriel, économique et stratégique, qui nécessitera un cadre réglementaire structurant pour concilier impératifs climatiques et maintien de la compétitivité.
Avec Challenge


