Le gaz naturel s’impose progressivement comme un pilier de la sécurité énergétique du Maroc, aux côtés des renouvelables et de l’hydrogène vert. Dans un entretien accordé au Matin, la directrice générale de l’Onhym, Amina Benkhadra, dresse un état des lieux des projets les plus avancés et des perspectives de production nationale.
Des bassins onshore déjà actifs
Le potentiel gazier marocain est réparti entre plusieurs bassins terrestres et offshore.
Dans le bassin du Gharb, première zone de découverte gazière en Afrique du Nord, plusieurs gisements commerciaux sont exploités. Les volumes, modestes mais rentables, alimentent notamment les unités industrielles de la région de Kénitra.
Le bassin d’Essaouira, producteur historique de gaz et de condensat, continue d’approvisionner l’OCP, notamment le site de Youssoufia.
La région de Tendrara, dans le nord-est, constitue aujourd’hui l’un des projets les plus structurants. Après les travaux d’exploration menés avec Sound Energy, une concession d’exploitation a été accordée. La première phase prévoit une mise en production dès 2026 via un projet de Micro-GNL destiné aux industriels, avant une seconde étape visant l’alimentation des centrales électriques de l’ONEE.
D’autres bassins, comme Guercif, Zag, Boudenib ou Tadla, sont en phase d’exploration.
Offshore : Anchois et Boujdour en ligne de mire
En offshore, la découverte du gisement Anchois au nord confirme le potentiel de la façade atlantique. Au sud, des forages dans la zone de Boujdour ont mis en évidence des accumulations de gaz et de condensat.
Ces projets nécessitent toutefois des investissements lourds et s’inscrivent dans des cycles longs, souligne Amina Benkhadra.
Le rôle central du gazoduc Maghreb-Europe
Depuis l’arrêt du transit du gaz algérien en 2021, l’Onhym a repris la gestion du gazoduc Maghreb-Europe (GME). Grâce au mécanisme de « reverse flow », mis en service en 2022, le Maroc importe du gaz naturel liquéfié (GNL) regazéifié en Espagne.
Le système fonctionne depuis sans interruption, assurant l’approvisionnement des centrales électriques.
Des projets sont en cours pour renforcer les connexions du GME avec les centrales d’Al Wahda et de Tahaddart. Par ailleurs, un accord d’interconnexion a été signé pour relier le futur gazoduc de 120 km de Tendrara au GME.
Gaz et transition énergétique
Dans un mix énergétique marqué par la montée en puissance des renouvelables, le gaz est appelé à jouer un rôle de stabilisateur face à l’intermittence du solaire et de l’éolien.
L’Onhym travaille également sur le projet stratégique du gazoduc africain atlantique Nigeria-Maroc, destiné à relier l’Afrique de l’Ouest au Maroc et à l’Europe.
Hydrogène et stockage souterrain
En parallèle, l’Office développe des projets liés à la géothermie, à l’hydrogène naturel et au stockage souterrain.
Des recherches sur l’hydrogène naturel sont menées dans plusieurs bassins, avec des concentrations pouvant atteindre 1,7%. Des études sont également en cours pour le stockage de l’hydrogène vert et du CO₂ dans des formations géologiques adaptées.
Le stockage souterrain du gaz constitue un axe prioritaire. Après une phase d’identification des sites favorables, l’Onhym prévoit des études approfondies pour évaluer les volumes mobilisables et les investissements nécessaires.
Une production nationale à partir de 2026
Selon Amina Benkhadra, les projets de Tendrara et Lixus devraient permettre une première montée en puissance de la production nationale à partir de fin 2026.
À terme, la stratégie marocaine repose sur trois leviers : développement des ressources nationales, renforcement des infrastructures de transport et mise en place de capacités de stockage.
Le gaz est ainsi appelé à constituer la colonne vertébrale de la transition énergétique, en complément des renouvelables et de l’hydrogène vert, dans une logique de souveraineté et de sécurité énergétique.
Source: Le Matin



