La transition écologique place le secteur marocain de la construction devant un double impératif : s’adapter aux nouvelles contraintes climatiques tout en saisissant les opportunités liées à l’économie verte. C’est l’un des enseignements du rapport Diagnostic national sur les emplois de l’économie verte au Maroc, élaboré par l’Organisation internationale du Travail avec l’appui du Haut-Commissariat au Plan.
Pilier de l’économie nationale, la construction représentait en 2021 près de 5,9 % de la valeur ajoutée totale et employait environ 1,2 million de personnes, soit plus de 11 % de la population active. Malgré une productivité encore modeste, le secteur a enregistré une progression notable ces dernières années, portée par l’investissement public et privé. Mais cette dynamique se heurte désormais à des contraintes environnementales de plus en plus marquées.
L’exposition aux risques climatiques constitue un premier défi majeur. La hausse des températures, la raréfaction de l’eau et la multiplication des phénomènes extrêmes pèsent directement sur les chantiers. Le stress thermique réduit les capacités de travail et augmente les risques sanitaires, tandis que les inondations et tempêtes perturbent les calendriers et renchérissent les coûts. La tension hydrique affecte particulièrement la production de béton et certaines opérations industrielles, avec un impact potentiel significatif sur la production globale du secteur.
Dans le même temps, la transition énergétique ouvre de nouvelles perspectives. Le renforcement des normes d’efficacité énergétique, la construction de bâtiments plus performants et l’intégration des énergies renouvelables dans les projets immobiliers constituent autant de relais de croissance. Le développement de matériaux durables, intégrant des déchets valorisés ou réduisant la dépendance aux intrants importés, pourrait également structurer de nouvelles filières industrielles.
Cette mutation aura des effets profonds sur l’emploi. Selon les estimations du rapport, près de 61 % des postes du secteur pourraient être liés, directement ou indirectement, à l’économie verte. Une large part des travailleurs devra toutefois monter en compétences pour répondre aux exigences de construction durable et de résilience climatique. Les métiers traditionnels évolueront, tandis que de nouvelles spécialisations émergeront dans la conception bioclimatique, les systèmes énergétiques performants, la gestion thermique ou la certification environnementale.
La transition comporte néanmoins des risques sociaux. Le secteur de la construction reste marqué par une forte présence de travailleurs informels et peu qualifiés, particulièrement exposés aux aléas climatiques et aux pertes d’activité. Sans dispositifs de formation adaptés, formalisation accrue de l’emploi et renforcement de la protection sociale, ces populations pourraient subir de plein fouet les effets de la transformation écologique.
L’enjeu dépasse donc la seule performance environnementale. Il s’agit d’orchestrer une transition capable de conjuguer modernisation technique, création d’emplois qualifiés et protection des travailleurs les plus vulnérables. Pour le secteur de la construction, la transition verte apparaît ainsi moins comme une option que comme une recomposition structurelle appelée à redéfinir ses modèles productifs et sociaux dans les années à venir.
Avec SNRTnews


