Le Maroc se trouve à un moment charnière de sa trajectoire économique et sociale. Confronté à une intensification rapide des effets du changement climatique, le Royaume est appelé à réussir une transition vers une économie plus verte, capable à la fois de préserver ses ressources naturelles et de générer des emplois durables. C’est l’un des constats centraux du Diagnostic national sur les emplois de l’économie verte, élaboré par l’Organisation internationale du Travail avec l’appui du Haut-Commissariat au Plan.
Sur le plan climatique, les signaux sont sans équivoque. Classé parmi les « points chauds » du réchauffement mondial, le Maroc enregistre depuis les années 1960 une hausse de température supérieure à la moyenne globale. Les projections annoncent une élévation pouvant atteindre jusqu’à 3,5°C à l’horizon 2050, voire davantage à long terme, avec des conséquences directes sur les ressources hydriques, l’agriculture, la santé et la productivité du travail. La baisse tendancielle des précipitations, combinée à une plus grande irrégularité des pluies, place le pays parmi les territoires les plus exposés au stress hydrique, tandis que le littoral, où se concentre une large part de l’activité économique, est de plus en plus vulnérable à l’érosion et à la montée du niveau de la mer.
Face à ces contraintes, le Maroc a engagé une stratégie climatique et énergétique ambitieuse. Le pays s’est fixé des objectifs élevés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de développement des énergies renouvelables, misant sur son potentiel solaire et éolien pour transformer son mix énergétique. Cette transition ouvre des perspectives économiques nouvelles, mais elle s’accompagne aussi de risques, notamment liés aux exigences environnementales croissantes de ses partenaires commerciaux, en particulier européens, à travers des mécanismes comme l’ajustement carbone aux frontières.
Sur le plan économique, le diagnostic est plus contrasté. Si certains secteurs liés à la transition verte, comme l’énergie, l’eau ou certaines industries, ont connu une forte croissance de leur valeur ajoutée ces dernières années, cette dynamique ne s’est pas traduite par une création d’emplois suffisante. La croissance marocaine demeure peu intensive en travail et la transformation structurelle de l’économie avance lentement, maintenant une part importante de la main-d’œuvre dans des activités à faible productivité, notamment dans l’agriculture et l’informel.
Le marché du travail reste ainsi sous tension. Malgré la progression de l’activité économique, le pays enregistre depuis deux décennies un déficit structurel de création d’emplois, tandis que l’insertion des jeunes et des femmes demeure l’un des points faibles majeurs du modèle actuel. Le taux de participation des femmes figure parmi les plus bas au monde, et une proportion élevée de jeunes reste en marge de l’emploi, de l’éducation et de la formation. L’économie informelle, bien qu’en léger recul, continue de jouer un rôle central, en particulier dans le commerce, la construction et le transport.
Dans ce contexte, la transition vers une économie verte apparaît à la fois comme une nécessité et une opportunité. Elle peut devenir un moteur de création d’emplois, de montée en compétences et de réduction des inégalités, à condition d’être accompagnée par des politiques publiques cohérentes, intégrant formation, protection sociale et inclusion des populations les plus vulnérables. Le rapport souligne ainsi que la réussite de cette transition ne se mesurera pas uniquement à la baisse des émissions ou à la part des renouvelables, mais aussi à la capacité du pays à faire de l’économie verte un levier de développement social et d’emploi durable.
Le Maroc doit donc composer avec une équation complexe : adapter son modèle économique à un environnement climatique de plus en plus contraignant, accélérer sa transformation productive et répondre à des défis sociaux persistants. L’économie verte n’est plus une option stratégique, mais un passage obligé, dont la réussite dépendra autant de la qualité des politiques d’emploi que de l’ambition environnementale.
Avec SNRTnews


