La séance législative tenue mardi 3 février à la Chambre des représentants, consacrée au projet de loi portant transformation de l’ONHYM en société anonyme, a dépassé le cadre strict du débat juridique. La ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, a livré une intervention au ton particulièrement direct, dénonçant des déséquilibres structurels persistants dans la gouvernance du secteur énergétique et appelant à une refondation des règles d’action publique dans un domaine considéré comme stratégique.

Dans un discours articulé autour des mécanismes de marché, de la concurrence et de la souveraineté économique, la ministre a évoqué des dysfonctionnements qu’elle estime incompatibles avec une administration moderne et impartiale.

“Confusion des intérêts” et absence de neutralité concurrentielle

Leïla Benali a dressé un constat critique en pointant «des situations persistantes d’incompatibilité des fonctions, de confusion des intérêts et d’absence de neutralité concurrentielle» dans des secteurs censés relever d’une gouvernance souveraine et équitable.

Selon la ministre, plusieurs opérateurs intervenant notamment dans le domaine du gaz naturel et des infrastructures associées auraient fait remonter aux autorités des préoccupations sérieuses. Elle a évoqué des pratiques de concentration excessive pouvant générer des risques inflationnistes sur les prix, freiner l’accès aux technologies propres et entraver le développement ordonné du système énergétique national.

Pour Leïla Benali, ces configurations fragilisent non seulement la concurrence loyale, mais aussi la crédibilité de l’action publique, dans un contexte où le Maroc cherche à accélérer sa transition énergétique et à sécuriser ses choix industriels.

Alerte sur l’utilisation de fonds publics sans garde-fous

La ministre a également mis en garde contre les effets qu’elle qualifie de délétères de l’engagement de fonds publics en l’absence de règles strictes de gouvernance. Elle a dénoncé des situations où des privilèges peuvent être accordés sans garantie d’égalité des conditions d’accès, et où l’activité économique reste influencée par des cercles fermés.

Son intervention a ainsi souligné les risques liés à la tolérance prolongée de pratiques contraires aux principes de transparence, de concurrence et de bonne gestion, en particulier dans un secteur aussi sensible que l’énergie.

Une réforme inscrite dans une logique de souveraineté

Dans la continuité de son propos, Leïla Benali a rappelé les orientations contenues dans le discours du Trône du 29 juillet 2020, dans lequel le Roi Mohammed VI avait appelé à traiter les déséquilibres structurels affectant les établissements et entreprises publics, en s’appuyant sur la bonne gouvernance, l’efficience et la responsabilité.

En se référant à cette ligne directrice, la ministre a inscrit la réforme de l’ONHYM dans une logique institutionnelle plus large : celle de la restauration des prérogatives stratégiques de l’État et du renforcement de son rôle dans la conduite des secteurs de souveraineté.

“L’énergie ne peut pas être livrée à la logique de rente”

L’intervention de la ministre prend une dimension politique particulière dans un secteur marqué, historiquement, par l’influence d’intérêts privés. En reliant réforme institutionnelle, régulation des prix, emploi et souveraineté énergétique et minière, Leïla Benali a défendu l’idée que l’énergie constitue un pilier de la sécurité économique et sociale, et ne peut être abandonnée à des mécanismes dominés par la recherche de rentes.

Elle a enfin averti que le maintien des déséquilibres actuels pourrait retarder l’accès du Maroc aux technologies propres et affaiblir sa position dans les choix stratégiques à venir, à l’heure où la compétition mondiale autour de l’énergie bas carbone s’intensifie.

Une refondation de la gouvernance énergétique en débat

En plaçant la question énergétique au cœur d’un débat institutionnel, Leïla Benali a appelé à une réaffirmation du rôle de l’État comme arbitre de l’intérêt public dans les secteurs stratégiques. Une prise de position qui, au-delà du projet de loi sur l’ONHYM, ouvre un chantier plus large sur la modernisation de la gouvernance énergétique et sur les conditions d’un marché plus transparent, plus compétitif et plus aligné avec les objectifs de transition du Royaume.

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