La commune de Casablanca s’apprête à changer de cap dans la gestion des déchets urbains. Objectif : mettre fin à une situation jugée injuste et coûteuse, où certains grands producteurs de déchets (hôtels, restaurants, grandes surfaces…) bénéficient de la collecte municipale au même titre que les ménages, sans contribution spécifique.

Cette réforme, portée par le Conseil de la ville, devrait introduire un principe simple : les gros producteurs paieront en fonction du volume réel de déchets collectés, via un système de facturation au tonnage.

“La situation n’est plus tenable”

Pour Moulay Ahmed Afilal, vice-président de la commune de Casablanca, le modèle actuel atteint ses limites. Il estime «inadmissible» que la ville continue d’assurer gratuitement la collecte des déchets de certains acteurs économiques au même niveau que celle des citoyens.

Selon lui, des abus flagrants ont été constatés sur le terrain. À titre d’exemple, dans le secteur d’Aïn Diab, un restaurant mobiliserait à lui seul un camion à benne communal quatre à cinq fois par jour, ce qui illustre l’ampleur du problème et la pression exercée sur les moyens municipaux.

Des camions dédiés et des systèmes de pesage embarqués

Pour mettre fin à ces dérives, la commune prévoit de mobiliser des camions spécifiques, exclusivement dédiés aux grands producteurs de déchets. Ces véhicules seront équipés de systèmes de pesage embarqués, afin de mesurer précisément les volumes collectés et permettre une facturation transparente.

Le principe annoncé est clair : paiement en fonction des tonnes ramassées, un mécanisme déjà appliqué dans plusieurs villes et largement utilisé à l’international.

Un modèle déjà appliqué ailleurs, notamment à Marrakech

Le vice-président de la commune cite l’exemple de Marrakech, où les grands producteurs paient déjà pour la collecte de leurs déchets. Casablanca souhaite donc s’aligner sur une pratique considérée comme plus équitable et plus rationnelle économiquement.

Sanctions prévues en cas de dépôts dans les bacs des ménages

Autre volet important : toute entité qui déposerait ses déchets dans les bacs réservés aux citoyens s’exposerait à des sanctions. La commune veut ainsi éviter un contournement du dispositif et empêcher que les déchets professionnels ne soient “dilués” dans le circuit classique, au détriment du service public.

Une réforme intégrée au futur cahier des charges

Cette nouvelle approche sera intégrée dans le nouveau cahier des charges de la gestion déléguée de la collecte des déchets, actuellement en cours de finalisation. Le document a déjà été discuté lors de plusieurs réunions du Conseil de la ville, suivies d’une tournée sur le terrain impliquant gouverneurs, présidents d’arrondissements et représentants de la société civile.

Selon Afilal, le comité de suivi du secteur de la propreté doit bientôt se réunir afin de trancher les mesures à maintenir, à améliorer ou à ajouter dans le futur contrat.

Des contrats à échéance en mars 2026

Cette réforme intervient à un moment stratégique : les contrats actuels liant Casablanca aux opérateurs Averda et Arma arrivent à échéance en mars 2026. La commune veut donc finaliser rapidement le nouveau cahier des charges pour lancer un nouvel appel d’offres dans les délais.

Depuis mars 2020, le service est assuré par ces deux entreprises dans le cadre de contrats de six ans, pour un montant global d’environ 1,3 milliard de dirhams par an. Arma opère notamment à Casablanca-Anfa, Aïn Sebaâ–Hay Mohammadi et Sidi Bernoussi, tandis qu’Averda gère Hay Hassani, Moulay Rachid et Ben M’sick.

Objectif : améliorer le service sans augmenter le budget

Les consultations ont mis en évidence plusieurs doléances, notamment sur le balayage manuel et le lavage des bacs, jugés insuffisants.

Le futur cahier des charges prévoit :

  • un balayage manuel 7 jours sur 7, contre 3 fois par semaine actuellement,
  • un lavage des bacs 1 à 2 fois par semaine, contre une fois toutes les deux semaines aujourd’hui.

Mais la commune affirme vouloir maintenir le budget global à 1,3 milliard de dirhams, même si l’amélioration du service pourrait, selon Afilal, faire grimper le coût théorique à 1,6 milliard.

Une session extraordinaire attendue

Une session extraordinaire du Conseil communal devrait se tenir prochainement pour valider le nouveau cahier des charges, étape décisive avant le lancement officiel de l’appel d’offres.

Ce qu’il faut retenir

Casablanca s’oriente vers une réforme structurante : mettre fin à la gratuité de la collecte pour les gros producteurs, instaurer une facturation au tonnage, renforcer le contrôle et améliorer la qualité du service, sans augmenter le budget global. Une évolution qui vise à rééquilibrer les charges, responsabiliser les acteurs économiques et moderniser la gestion des déchets dans la métropole.

Source: Le360

Ajouter un commentaire

Exit mobile version
×