Alors que les régions agricoles les plus fragiles affrontent de plein fouet la dégradation des sols, le stress hydrique et les impacts toujours plus visibles du changement climatique, une nouvelle dynamique commence à prendre forme. Le ministère de l’Agriculture, via l’Agence pour le Développement Agricole (ADA), engage un virage agroécologique destiné à offrir aux petites exploitations un modèle plus durable et plus rentable.
Au cœur de cette orientation, six conventions viennent d’être signées à Rabat avec des consortiums d’ONG marocaines et internationales. Une alliance inédite, conçue pour accompagner les agriculteurs de Fès-Meknès, de l’Oriental et de Souss-Massa dans une transition qui ne se limite pas à l’adoption de nouvelles techniques, mais vise à repenser entièrement la relation aux ressources naturelles.
Ce dispositif s’inscrit dans le programme IHYAE, dédié à la revitalisation des territoires ruraux par l’emploi et l’entrepreneuriat agricoles. Doté de 4 millions d’euros – un don cofinancé par l’Union européenne et l’Agence Française de Développement – il étalera ses actions sur trois ans. L’ambition est double : réduire la vulnérabilité des zones rurales face aux risques environnementaux et consolider les revenus des familles agricoles les plus exposées.
L’approche choisie marque une rupture avec les pratiques classiques. L’agriculture intensive, qui a longtemps porté la croissance du secteur, atteint aujourd’hui ses limites : sols appauvris, biodiversité en recul, main-d’œuvre rurale en diminution, pressions accrues sur l’eau. L’agroécologie apparaît ainsi comme une réponse systémique, capable d’apporter à la fois une meilleure gestion des ressources et un gain économique durable pour les exploitations familiales.
Pour renforcer l’impact sur le terrain, l’ADA a opté pour un Appel à Projets ouvert aux ONG, misant sur la complémentarité des expertises et la mutualisation des moyens. Cette coopération doit permettre de capitaliser sur les expériences existantes, d’accélérer le transfert des bonnes pratiques et de créer une véritable force d’action collective au service des agriculteurs.
Les objectifs sont ambitieux : convertir 8 000 hectares aux pratiques agroécologiques, améliorer la performance économique de près de 2 700 petites exploitations, et structurer la commercialisation des produits issus de ces nouvelles méthodes. L’un des enjeux majeurs sera aussi d’atteindre un taux élevé d’adoption des techniques introduites, condition essentielle pour inscrire durablement cette transition dans les territoires.
Avec ce programme, le Maroc affirme une orientation stratégique : faire de l’agroécologie non seulement un outil d’adaptation climatique, mais aussi un levier de développement économique pour les milliers de petites exploitations qui constituent l’ossature du monde rural.


