Le chantier stratégique de dessalement de Dakhla entre dans une phase décisive. La station construite à environ 130 kilomètres de la ville vient d’achever l’installation de ses équipements d’osmose inverse, l’un des volets technologiques les plus sensibles du projet.
Cette avancée rapproche désormais l’infrastructure de son entrée en exploitation, dans un contexte où le Maroc accélère massivement ses investissements hydrauliques face au stress hydrique structurel que connaît le Royaume.
Le projet repose sur une technologie de dessalement par osmose inverse consistant à filtrer l’eau de mer sous très haute pression à travers des membranes ultrafines capables de retenir sels et impuretés afin de produire une eau conforme aux normes sanitaires.
Les équipes techniques poursuivent actuellement l’installation progressive des membranes, les raccordements hydrauliques et les opérations de calibration des systèmes avant le démarrage effectif de la production.
Dans ce type d’installation, chaque paramètre technique reste particulièrement sensible, notamment dans un environnement climatique marqué par les conditions du littoral atlantique saharien.
À terme, la station devrait atteindre une capacité de production de 112.000 mètres cubes d’eau dessalée par jour. Un volume destiné à sécuriser l’alimentation en eau potable de la région de Dakhla-Oued Eddahab tout en accompagnant les besoins agricoles, industriels et économiques du territoire.
Le projet s’inscrit plus largement dans la stratégie nationale de sécurisation hydrique engagée par le Maroc, qui prévoit de porter les capacités nationales de dessalement à environ 1,7 milliard de mètres cubes par an à l’horizon 2030.
L’une des principales particularités du site réside dans son alimentation énergétique entièrement assurée par une installation éolienne de 60 mégawatts.
Cette configuration vise à réduire fortement l’empreinte carbone d’une technologie historiquement très énergivore. Le dessalement est en effet souvent critiqué pour sa forte consommation électrique, qui représente une part importante des coûts d’exploitation des stations.
En associant dessalement et énergie renouvelable, le Maroc cherche ainsi à développer un modèle de production d’eau moins dépendant des énergies fossiles et plus soutenable sur le long terme.
Les autorités présentent d’ailleurs le projet comme une vitrine technologique combinant infrastructures hydrauliques de nouvelle génération et production d’énergie renouvelable à grande échelle.
Les provinces du Sud apparaissent aujourd’hui comme un terrain privilégié pour ce type d’expérimentations, grâce à des conditions particulièrement favorables au développement de l’éolien et du solaire.
Au-delà de l’enjeu purement technique, la station de Dakhla illustre surtout l’évolution du modèle hydrique marocain.
Face à la baisse des ressources conventionnelles, à l’irrégularité des précipitations et à la pression croissante sur les barrages et nappes phréatiques, le Royaume accélère progressivement sa bascule vers des solutions non conventionnelles comme le dessalement, la réutilisation des eaux usées traitées ou encore les interconnexions hydrauliques.
Cette stratégie transforme progressivement l’eau en infrastructure industrielle et énergétique stratégique, au même titre que l’électricité ou les hydrocarbures.
Le défi reste toutefois considérable. Le dessalement demeure coûteux, technologiquement complexe et dépendant d’investissements lourds. Même alimentées par des énergies renouvelables, ces infrastructures nécessitent des modèles économiques solides pour garantir leur viabilité à long terme.
Mais pour le Maroc, confronté à une pression hydrique devenue structurelle, ces grands projets apparaissent désormais moins comme une option que comme une nécessité stratégique.
Avec Barlamane


