Fragilisée par plusieurs années de sécheresse et par un stress hydrique devenu structurel, la filière marocaine de l’huile d’argan engage une transformation profonde afin de sécuriser sa production et préserver un écosystème considéré comme stratégique pour le Royaume.
Face à la baisse continue des volumes exportés depuis 2020, le Maroc mise désormais sur une arganiculture moderne et irriguée, avec l’objectif d’atteindre 5.000 tonnes d’exportations à l’horizon 2030.
Cette nouvelle orientation vise à réduire la pression sur les forêts naturelles tout en augmentant les capacités de production grâce au développement de vergers agricoles plus résilients face aux aléas climatiques.
Le programme prévoit notamment la plantation de 10.000 hectares d’arganiers cultivés ainsi que 2.000 hectares de plantes aromatiques et médicinales. L’objectif est d’améliorer les rendements, de stabiliser l’approvisionnement en matière première et de renforcer la compétitivité globale de la filière.
Durant la décennie 2010-2019, l’huile d’argan marocaine avait connu une forte progression sur les marchés internationaux. Les exportations étaient passées de 440 tonnes à plus de 1.500 tonnes, tandis que le chiffre d’affaires à l’export avait progressé de 94 à 314 millions de dirhams.
Mais à partir de 2020, la dynamique s’est inversée sous l’effet du changement climatique et des tensions hydriques. Les volumes exportés devraient ainsi tomber à environ 526 tonnes en 2025, soit un recul marqué par rapport aux niveaux atteints quelques années auparavant.
Cette situation illustre la vulnérabilité de l’arganier, arbre endémique du Maroc, dont la productivité dépend étroitement des ressources en eau et de l’équilibre des écosystèmes forestiers.
La raréfaction de la matière première a toutefois entraîné une hausse des prix unitaires, permettant au chiffre d’affaires des exportations de culminer à 379 millions de dirhams en 2022 avant de se stabiliser autour de 249 millions de dirhams.
À travers cette transition vers des vergers irrigués et une production davantage structurée, les opérateurs cherchent à limiter les fluctuations de production qui fragilisent les relations commerciales avec les marchés internationaux.
L’enjeu dépasse largement la seule dimension économique. L’arganeraie couvre près de 12% du territoire national, principalement dans les régions de Souss-Massa, Marrakech-Safi et Guelmim-Oued Noun. Plus de 2,5 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de cet écosystème, à travers les activités agricoles, les coopératives, la transformation et le commerce de l’huile d’argan.


