La fermeture du détroit d’Ormuz et les tensions géopolitiques autour des routes mondiales des hydrocarbures accélèrent la réflexion internationale sur la transition énergétique. Dans une étude consacrée aux conséquences économiques et géopolitiques de cette crise, Daan Walter, Sam Butler-Sloss et Dave Jones estiment que l’électrification devient désormais un impératif à la fois énergétique, économique et stratégique.
Selon les auteurs, la dépendance mondiale aux combustibles fossiles expose durablement les économies aux chocs géopolitiques. Aujourd’hui, près des trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays importateurs nets d’énergies fossiles. En 2024, cette dépendance aurait représenté une facture de 1 700 milliards de dollars, avec un impact direct des variations du prix du pétrole et du gaz sur les équilibres économiques mondiaux.
Le détroit d’Ormuz apparaît dans cette analyse comme le principal point de vulnérabilité du système énergétique mondial. Un cinquième du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié y transitent, principalement à destination des marchés asiatiques. Selon les auteurs, 80 % du pétrole et 90 % du GNL transitant par Ormuz sont destinés à l’Asie.
La crise actuelle est ainsi présentée comme « le moment Ukraine de l’Asie », après le choc énergétique européen provoqué par la guerre en Ukraine en 2022.
L’étude souligne que les conséquences dépassent largement le seul secteur énergétique. La hausse des prix du pétrole et du gaz se répercute sur les carburants, le chauffage, les engrais, les produits chimiques ou encore les matières plastiques. Les auteurs rappellent que même les pays producteurs restent exposés à la volatilité mondiale des prix.
Face à cette vulnérabilité structurelle, les technologies électriques apparaissent comme une alternative de plus en plus crédible. Le rapport met particulièrement en avant les véhicules électriques, l’énergie solaire, l’éolien, les batteries et les pompes à chaleur comme outils capables de réduire durablement la dépendance aux hydrocarbures importés.
Selon les auteurs, les véhicules électriques permettraient à eux seuls de réduire de plus d’un tiers les coûts liés aux importations énergétiques mondiales. Ils estiment également que les renouvelables pourraient diminuer la facture énergétique des pays importateurs d’environ 20 % supplémentaires.
L’étude insiste sur la rapidité des progrès réalisés depuis la crise énergétique de 2022. Les coûts des panneaux solaires auraient chuté de moitié en quatre ans, tandis que ceux des batteries auraient baissé de 36 %. Les capacités de stockage et les installations renouvelables connaissent également une accélération rapide.
Les auteurs avancent que la croissance mondiale du solaire en 2025 pourrait à elle seule remplacer une production électrique au gaz équivalente à l’ensemble du GNL transitant annuellement par le détroit d’Ormuz.
Dans le secteur automobile, les ventes mondiales de véhicules électriques permettraient désormais d’éviter une consommation pétrolière comparable à une part importante des exportations iraniennes.
Le document estime par ailleurs que la crise actuelle pourrait accélérer l’arrivée du pic mondial de demande pétrolière. Les auteurs rappellent que l’Agence internationale de l’énergie a progressivement avancé ses prévisions concernant ce pic, désormais attendu autour de la fin de la décennie.
Selon eux, la hausse des prix et la volatilité croissante des marchés renforcent mécaniquement l’intérêt économique des technologies électriques, notamment en Asie, région la plus exposée aux flux énergétiques transitant par Ormuz.
L’étude considère enfin que les infrastructures fondées sur les combustibles fossiles deviennent de plus en plus vulnérables dans un contexte marqué par les conflits, les tensions commerciales et l’instabilité géopolitique. À l’inverse, les auteurs estiment que les pays investissant rapidement dans les technologies électriques seront mieux préparés aux futures crises énergétiques.
Ils concluent que la technologie permettant de réduire cette dépendance existe désormais à grande échelle, et que les prochaines années détermineront la capacité des économies à transformer cette crise en accélérateur de transition énergétique.
Source: Legrandcontinent.eu


