Les procédés de conversion existent, mais le développement des filières reste freiné par le financement, les infrastructures et l’absence de débouchés garantis.
Le Maroc produit chaque année environ 23 millions de tonnes de résidus de cultures. Moins de 2 % de ce gisement sont actuellement intégrés à des circuits bioénergétiques modernes.
Ce constat ressort d’une revue scientifique publiée le 5 novembre 2026 dans Bioresources and Bioprocessing par six chercheurs de l’Université Mohammed VI Polytechnique. Elle porte notamment sur les pailles céréalières, les résidus de taille, les sous-produits de l’oléiculture et les déchets d’agrumes.
Les seuls résidus issus de la transformation des agrumes représenteraient environ 38 700 tonnes par an. Cette estimation des 23 millions de tonnes concerne les résidus de cultures et ne comprend pas les déjections animales, les boues d’épuration, les déchets ménagers fermentescibles, les déchets forestiers ou la biomasse marine.
Une partie des grignons d’olive est déjà utilisée comme combustible dans les huileries de Fès-Meknès et de Marrakech-Safi. Les margines, effluents liquides produits par les huileries, restent en revanche presque entièrement à l’écart de la récupération énergétique. Elles pourraient être traitées dans des digesteurs anaérobies afin de produire du biogaz.
La production marocaine de biogaz atteint environ 21,6 millions de mètres cubes par an. Elle provient principalement de la digestion des boues dans de grandes stations d’épuration exploitées par l’ONEE et du captage du gaz de la décharge de Médiouna. Le manque d’équipements d’épuration du biogaz et d’infrastructures d’injection dans un réseau gazier conduit toutefois à brûler en torchère ou à rejeter une partie du gaz produit.
Dans les régions de Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Ed-Dahab, plus de 580 000 tonnes de déjections animales sont produites chaque année. Leur digestion représenterait un potentiel théorique de 44,9 millions de mètres cubes de méthane et d’environ 155 gigawattheures d’électricité par an. Le procédé pourrait également produire l’équivalent de 64 400 tonnes de compost à partir du digestat.
La concrétisation de ce potentiel suppose d’organiser la collecte des matières, de garantir leur disponibilité, de financer les installations, de traiter le biogaz et de trouver des débouchés pour l’électricité et le digestat. Dans les zones pastorales, des unités décentralisées adaptées aux coopératives ou aux communautés d’éleveurs seraient plus appropriées qu’une grande installation dépendant de transports sur de longues distances.
La revue estime que le principal écart n’est pas technologique. Les procédés de digestion anaérobie, de fermentation, d’hydrolyse enzymatique, de pyrolyse et de production de biohydrogène ont déjà été expérimentés sur des matières marocaines. Les obstacles sont surtout institutionnels et économiques : financement insuffisant des démonstrateurs, faibles liens entre laboratoires et entreprises, absence de prix garanti pour l’électricité issue du biogaz et connaissance incomplète de la disponibilité saisonnière des matières.
La stratégie nationale évalue le potentiel énergétique brut de la biomasse à environ 13 térawattheures par an, dont six pour le secteur agricole. Moins de 1 % de ce potentiel énergétique est exploité. Ce taux mesure l’énergie produite par rapport au potentiel national, tandis que le seuil de 2 % concerne la part physique des résidus de cultures effectivement valorisée.
Avec « Barlamane »


