Le futur cadre national doit combler les lacunes de la chaîne aval et préparer les industriels marocains aux exigences européennes de traçabilité.
Une industrie de batteries ne s’arrête pas à la fabrication des composants et des cellules. Elle doit aussi organiser la collecte, le diagnostic, la réutilisation et le recyclage des accumulateurs en fin de vie. C’est le chaînon que l’Onudi veut structurer au Maroc.
L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel a engagé l’élaboration d’un cadre national pour l’économie circulaire des batteries. Cette démarche accompagne l’essor des projets portés notamment par Gotion High-Tech et BTR, ainsi que la mise en service en 2025 d’un complexe capable de traiter 30.000 tonnes de masse noire par an.
Trois maillons manquent encore à la filière
La cartographie réalisée par l’Onudi n’a identifié aucun opérateur formel de collecte et de regroupement des batteries lithium-ion, aucun spécialiste de l’évaluation normalisée de leur état de santé et aucun protocole permettant de certifier qu’une batterie retirée d’un véhicule peut être réutilisée en sécurité.
Le tissu recensé comprend deux acteurs du traitement des véhicules hors d’usage, six organismes de recyclage ou de gestion des déchets et vingt entreprises de transport et de logistique. Le transport et le stockage restent sensibles en raison des risques d’incendie, d’emballement thermique, de manipulation dangereuse et de perte de traçabilité.
Le passeport numérique européen attendu en février 2027
L’orientation exportatrice de l’industrie automobile marocaine renforce l’urgence du chantier. Sur 43 entreprises interrogées par l’Onudi, 77% appartiennent à des capitaux internationaux. Parmi les 41 entreprises ayant indiqué leurs débouchés, 28 travaillent principalement pour l’exportation.
Le règlement européen sur les batteries prévoit, à partir du 18 février 2027, un passeport numérique pour les batteries de véhicules électriques, celles des moyens de transport légers et certaines batteries industrielles. Ce document doit retracer notamment la composition, les matières premières, l’empreinte carbone et le contenu recyclé.
Une responsabilité élargie des producteurs à organiser
L’Onudi recommande de répartir les obligations et les coûts entre fabricants, importateurs, distributeurs, collecteurs, démonteurs et recycleurs. Le suivi couvrirait toute la vie de la batterie, de sa mise sur le marché jusqu’à son réemploi ou son recyclage.
La seconde vie nécessitera des normes de diagnostic élaborées avec l’Institut marocain de normalisation. Elles devront mesurer l’état de santé, la capacité résiduelle, la sécurité et les possibilités de réutilisation.
Le modèle économique reste à démontrer. Les études devront établir les volumes accessibles, les coûts de traitement, les équipements nécessaires, les débouchés et les recettes attendues des matériaux récupérés. Sur les entreprises interrogées, seules 26% se déclarent prêtes à investir dans l’économie circulaire.


