Le paradoxe de la transition énergétique marocaine s’exprime dans ses chiffres. Bien que le Royaume affiche une capacité électrique installée d’origine renouvelable atteinte à 46,1 %, sa dépendance énergétique globale demeure ancrée à 87,9 % en raison du poids des combustibles fossiles importés. Pour concrétiser sa souveraineté énergétique, le pays amorce un tournant stratégique : passer de grands projets centralisés à une décentralisation industrielle portée par l’autoproduction et le rôle actif des régions.
Cette mutation vise à faire de la production d’électricité décarbonée sur site une évidence économique pour le tissu productif local, et non plus une exception réservée à quelques rares méga-complexes industriels.
Libéralisation de l’autoproduction et ouverture de la Moyenne Tension
L’accélération de la décentralisation repose sur l’opérationnalisation complète des récentes réformes législatives et tarifaires :
- Mise en œuvre du cadre d’Autoproduction (Loi 13-21) : Autorisation accordée aux industriels, PME et acteurs régionaux de produire leur propre électricité verte et de réinjecter le surplus dans le réseau national.
- Ouverture de la Moyenne Tension (MT) par l’ANRE : Fixation de tarifs d’accès transparents et équitables aux réseaux de distribution pour permettre l’acheminement local de l’électricité renouvelable de la source au consommateur.
- Intégration des réseaux de distribution régionaux (SRM) : Rôle pivot des Sociétés Régionales Multi-services pour intégrer la production décentralisée (solaire sur toiture, micro-éolien, biomasse) sans fragiliser l’équilibre tension-fréquence local.
Basculement du modèle économique : De la consommation passive à l’agilité territoriale
La décentralisation modifie les équilibres macroéconomiques et industriels du paysage énergétique national :
| Dimension | Fiche d’impact stratégique (Décentralisation Énergétique Maroc) |
| Capacité EnR installée | 46,1 % du mix électrique (objectif de dépasser 52 % à l’horizon 2030) |
| Taux de dépendance | 87,9 % de dépendance énergétique globale (liée aux importations de charbon/pétrole) |
| Levier réglementaire | Loi 13-21 sur l’autoproduction et régulation ANRE des tarifs de réseau MT |
| Bénéfice industriel | Réduction de la facture énergétique des PME et décarbonation locale des exportations |
Du centralisé au territorial : le vrai test de la souveraineté :
L’enjeu des prochaines années ne réside plus seulement dans l’addition de Gigawatts solaires ou éoliens dans le Sud, mais dans la capacité des entreprises et des régions à produire et consommer leur propre énergie verte. En décentralisant son modèle, le Maroc transformera l’impératif climatique en un avantage de compétitivité directe pour son tissu industriel.


