Dotée de ressources naturelles exceptionnelles, l’Afrique apparaît comme l’un des grands réservoirs mondiaux d’énergies renouvelables. Soleil abondant, vents réguliers, réseaux hydrographiques étendus et potentiel géothermique significatif : le continent cumule les atouts. Pourtant, cette richesse reste largement sous-exploitée, alors même que la demande énergétique explose.
Avec un potentiel estimé à près de 10 térawatts, l’Afrique n’en valorise aujourd’hui qu’une fraction marginale. Les capacités installées plafonnent à un peu plus de 82 gigawatts, soit à peine 1,6 % du total mondial, selon les données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables. Un contraste saisissant, dans un contexte où plus de 600 millions d’Africains demeurent privés d’accès à l’électricité.
Cette situation s’explique en partie par l’héritage énergétique du continent, longtemps structuré autour des hydrocarbures. Une dépendance accentuée par la concentration des ressources fossiles dans un nombre limité de pays, tels que le Nigeria, l’Angola ou l’Algérie, contraignant de nombreux États à recourir aux importations. Les crises récentes — pandémie, tensions géopolitiques — ont d’ailleurs mis en lumière la vulnérabilité de ce modèle.
Dans ce paysage contrasté, certains pays tirent néanmoins leur épingle du jeu. Afrique du Sud s’impose comme le principal acteur du renouvelable, avec plus de 16 GW installés, portée notamment par le solaire. Elle devance l’Éthiopie, dont le mix énergétique repose quasi exclusivement sur des sources renouvelables, dominées par l’hydroélectricité. Derrière, des pays comme l’Égypte, le Maroc ou encore le Kenya confirment leur montée en puissance.
L’hydroélectricité demeure, à ce jour, la première source renouvelable du continent. Les grands bassins fluviaux — du Nil au Congo — offrent un potentiel considérable, encore peu exploité. Des projets structurants, à l’image du Grand Barrage de la Renaissance en Éthiopie, illustrent cette ambition. Mais les investissements nécessaires et les enjeux de coopération entre États ralentissent leur concrétisation.
Le solaire, quant à lui, incarne l’avenir énergétique africain. Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an dans de nombreuses régions, le continent dispose d’un avantage comparatif unique. Pourtant, les capacités installées restent faibles à l’échelle mondiale. Là encore, Afrique du Sud et Égypte dominent, tandis que le Maroc s’affirme comme un pionnier, notamment grâce à ses investissements dans les grandes centrales solaires.
Même constat pour l’éolien : malgré un potentiel immense — exploité à hauteur de 0,01 % seulement —, les installations restent concentrées dans quelques pays. L’Afrique du Sud, l’Égypte et le Maroc occupent le haut du classement, illustrant une dynamique encore limitée géographiquement.
Plus discrète, la géothermie constitue une niche prometteuse, en particulier dans la vallée du Rift. Le Kenya s’y distingue nettement, concentrant l’essentiel des capacités du continent et intégrant cette ressource dans son mix énergétique.
Au-delà des performances nationales, les défis demeurent considérables. Le financement reste le principal frein : l’Afrique n’a capté qu’une part infime des investissements mondiaux dans les renouvelables au cours de la dernière décennie. À cela s’ajoutent des cadres réglementaires parfois insuffisamment incitatifs, ainsi que des contraintes politiques et techniques, notamment pour les المشاريع transfrontaliers.
Pour autant, les perspectives sont réelles. Le continent dispose non seulement des ressources naturelles, mais aussi des matières premières stratégiques nécessaires aux technologies vertes. L’enjeu consiste désormais à transformer ce potentiel en levier de développement industriel, en favorisant l’investissement, le transfert de technologies et la formation de compétences locales.
Dans un contexte marqué par la volatilité des prix des énergies fossiles et l’urgence climatique, la transition énergétique apparaît moins comme une option que comme une nécessité. Pour l’Afrique, elle pourrait aussi devenir un puissant moteur de croissance et d’indépendance énergétique.
Avec Le360 Afrique



