Le Maroc a progressivement consolidé, au cours de la dernière décennie, sa position dans les négociations internationales liées au climat. Une trajectoire relevée par le Carnegie Endowment for International Peace, qui souligne la capacité du Royaume à se positionner comme interface entre économies avancées et pays en transition. L’organisation, en 2016 à Marrakech, de la COP22 a marqué un tournant dans cette dynamique, en ancrant le pays dans les circuits diplomatiques du climat.

Depuis lors, les autorités ont fixé des objectifs structurés, notamment une réduction des émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 45,5 % à l’horizon 2030, dans le cadre de l’Accord de Paris. Ces engagements s’accompagnent de stratégies couvrant la période 2022–2030, articulées autour de la transition énergétique, de l’adaptation aux changements climatiques et du développement des énergies renouvelables, à l’image des complexes solaires Noor.

Sur le plan institutionnel, l’architecture s’est densifiée. Des dispositifs de coordination ont été mis en place dans plusieurs départements, tandis que les mécanismes de suivi et de reporting ont été alignés sur les standards internationaux. Cette structuration traduit une approche essentiellement technique, centrée sur la planification, la mesure et la conduite de projets d’envergure.

Toutefois, cette orientation révèle ses limites dès lors que l’on examine ses effets sociaux. L’étude du CEIP met en évidence une prise en compte encore insuffisante des inégalités, notamment celles liées au genre. Les politiques climatiques privilégient des indicateurs macroéconomiques et sectoriels, sans intégrer de manière contraignante les dimensions sociales dans leur mise en œuvre.

Cette dissociation se reflète dans la répartition des bénéfices et des charges liés à l’adaptation. L’accès aux financements, la participation aux processus décisionnels et la capacité à tirer parti des investissements publics demeurent inégalement répartis. En l’absence de mécanismes explicites de redevabilité, l’intégration du genre reste partielle.

Pourtant, le cadre juridique national consacre le principe d’égalité. La Constitution de 2011, ainsi que plusieurs politiques publiques, ont introduit des dispositifs visant à renforcer la participation des femmes. Mais leur traduction dans le champ climatique reste limitée, les instances de décision étant dominées par des profils institutionnels et techniques, souvent peu représentatifs à l’échelle locale.

La gouvernance climatique repose ainsi sur une organisation structurée, pilotée notamment par les départements en charge de la transition énergétique et appuyée par des structures comme le Centre de compétences sur les changements climatiques du Maroc. Si ces dispositifs contribuent à la production de données et à l’appui technique, ils ne modifient que marginalement les équilibres de pouvoir au sein des territoires.

La région de Souss-Massa illustre de manière significative ces tensions. Pôle agricole stratégique, elle est également confrontée à une pression climatique accrue, marquée par la raréfaction des ressources en eau et la dégradation des conditions de production. Dans ce contexte, les investissements réalisés bénéficient principalement aux exploitations les plus structurées, accentuant les écarts avec les petits producteurs.

Ces déséquilibres se doublent d’inégalités de genre marquées. La féminisation des activités agricoles, liée notamment aux migrations masculines, ne s’accompagne pas d’un accès élargi aux ressources. Les femmes, bien que de plus en plus présentes dans les activités productives, restent souvent exclues des dispositifs de soutien, notamment en raison de contraintes foncières et administratives.

L’accès à la propriété constitue à cet égard un facteur déterminant. En l’absence de titres fonciers, les agricultrices se trouvent écartées des mécanismes de financement et des programmes publics, limitant leur capacité à investir dans des solutions d’adaptation. Cette situation les confine à des stratégies de subsistance, peu résilientes face aux chocs climatiques.

Les mécanismes de financement climatique, souvent orientés vers des projets d’envergure, tendent également à reproduire ces déséquilibres. Les initiatives locales, notamment portées par des coopératives féminines, peinent à accéder aux ressources, en raison d’exigences institutionnelles et financières élevées.

Dans ce contexte, des formes d’adaptation émergent en marge des dispositifs officiels. Techniques traditionnelles de gestion de l’eau, diversification des activités ou initiatives coopératives témoignent d’une capacité d’innovation locale. Toutefois, leur intégration dans les politiques publiques demeure limitée.

L’ensemble met en lumière une tension entre performance macroéconomique et équité sociale. Si le Maroc a consolidé des acquis significatifs en matière de transition énergétique et de planification climatique, la question de l’inclusion reste posée. L’efficacité à long terme de ces politiques dépendra de leur capacité à intégrer pleinement les dimensions sociales, en particulier les inégalités de genre, dans leur conception et leur mise en œuvre.

Avec Barlamane

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