Alors que la transition vers la mobilité électrique s’accélère dans plusieurs régions du monde, le marché marocain avance à un rythme mesuré. Malgré une offre automobile de plus en plus étoffée, les véhicules hybrides et 100% électriques peinent encore à s’imposer durablement.
Les showrooms se sont pourtant transformés. Les gammes se sont élargies, portées notamment par l’arrivée massive des constructeurs chinois, désormais présents chez la majorité des distributeurs. Ces marques proposent des modèles bien équipés, technologiquement avancés et affichés à des tarifs plus compétitifs que par le passé. Sur le papier, tous les ingrédients semblent réunis pour stimuler la demande.
Mais dans les faits, la voiture propre reste un segment de niche.
Le premier frein demeure le prix. Même avec les exonérations actuelles – notamment sur les droits de douane et la taxe annuelle plafonnée – le coût d’acquisition d’un véhicule électrique ou hybride reste supérieur à celui d’un modèle thermique équivalent. Or, le marché marocain reste particulièrement sensible au facteur prix.
Les experts estiment que les incitations en vigueur ne suffisent pas à provoquer un basculement massif vers l’électrique. Dans les pays où la mobilité verte a connu une forte pénétration, les États ont généralement mis en place des subventions directes à l’achat, des exonérations fiscales significatives et des mécanismes de soutien à la recherche et au développement. Au Maroc, certains plaident pour des mesures plus ambitieuses, comme une exonération de la TVA, susceptible de réduire immédiatement le prix d’achat de près de 20%.
Le second obstacle majeur concerne les infrastructures. Le réseau national de bornes de recharge demeure embryonnaire, avec environ 200 points recensés à ce jour. Une couverture jugée largement insuffisante pour rassurer les automobilistes et garantir des déplacements interurbains sans contrainte.
À titre comparatif, plusieurs pays européens comptent des dizaines de milliers de bornes, réparties sur les axes routiers, les parkings publics et les stations-service. Au Maroc, le déploiement reste concentré dans les grandes villes et les zones touristiques, laissant de vastes territoires sans solution de recharge fiable.
Sans maillage national cohérent, l’autonomie des véhicules électriques devient un facteur d’angoisse pour les acheteurs potentiels. Le développement d’un cadre réglementaire incitant – voire obligeant – les stations-service, les promoteurs immobiliers et les collectivités locales à installer des bornes est régulièrement évoqué comme une priorité.
En l’absence d’un double levier – fiscal et infrastructurel – la voiture propre risque de demeurer réservée à une clientèle restreinte, malgré un intérêt croissant des consommateurs et une offre désormais plus accessible qu’auparavant.
La transition vers une mobilité verte ne se limite pas à l’introduction de nouveaux modèles sur le marché. Elle suppose une stratégie globale, associant incitations économiques, investissements publics et engagement du secteur privé. À défaut, le Maroc continuera d’avancer prudemment, là où d’autres accélèrent déjà.


