Le Maroc demeure largement en marge d’une tarification effective de ses émissions de gaz à effet de serre. C’est le constat dressé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport 2025 consacré aux taux effectifs du carbone, qui met en lumière une architecture de prix fragmentée, dominée par des instruments fiscaux indirects et dépourvue de tout mécanisme explicite de mise à prix du carbone.
Selon l’OCDE, en 2023, seules 28,4 % des émissions nationales de gaz à effet de serre étaient soumises à un taux effectif net positif. Le Royaume ne prélève aucun prix explicite du carbone, la contrainte existante reposant essentiellement sur la taxation des carburants, considérée comme une tarification implicite, laquelle couvre 38,6 % des émissions. En parallèle, les subventions accordées aux combustibles fossiles concernent encore 19 % des rejets, neutralisant en partie l’effet des prélèvements fiscaux et réduisant la portée globale du signal prix.
Cette coexistence de taxes et de soutiens publics se traduit par un résultat paradoxal : le taux effectif net moyen du carbone au Maroc ressort négatif. Calculé en euros constants de 2023, il s’établit à –4,88 euros par tonne de CO₂e. Derrière cette moyenne se cache un écart marqué entre, d’un côté, des taxes sur les carburants évaluées à 23,53 euros par tonne de CO₂e et, de l’autre, des subventions aux énergies fossiles estimées à 28,41 euros par tonne. Autrement dit, l’effort fiscal est plus que compensé par les mécanismes de soutien, aboutissant à une incitation globale défavorable à la réduction des émissions.
La distribution des émissions confirme cette forte hétérogénéité. Environ 29 % des rejets sont soumis à une tarification nette positive, tandis qu’une fraction plus réduite, proche de 15 %, supporte un taux supérieur à 60 euros par tonne de CO₂e. Ce noyau restreint contraste avec une majorité d’émissions faiblement taxées, voire subventionnées, révélant une contrainte carbone très inégalement répartie.
Les écarts sont particulièrement visibles d’un secteur à l’autre. Les émissions marocaines proviennent principalement du dioxyde de carbone lié à l’usage de l’énergie, qui représente plus de 70 % du total national. Le transport routier concentre les niveaux de tarification les plus élevés, alors même qu’il pèse près de 20 % des émissions. À l’inverse, les secteurs des bâtiments, de l’industrie et certaines autres sources de gaz à effet de serre affichent des taux effectifs nuls ou négatifs. À eux seuls, ces segments regroupent plus de 45 % des émissions nationales.
Si les taxes sur les carburants s’appliquent à un large éventail d’activités — agriculture, pêche, bâtiments, industrie, production électrique et transports — leur intensité varie fortement selon les usages, limitant leur capacité à structurer une trajectoire cohérente de décarbonation. Le diagnostic de l’OCDE esquisse ainsi le portrait d’un système encore largement dépendant d’instruments existants, où la contrainte carbone reste partielle, diffuse et insuffisamment alignée avec les objectifs climatiques de long terme.
Avec Barlamane


