Le Maroc et l’Allemagne s’apprêtent à franchir une étape majeure dans leur partenariat énergétique avec Sila Atlantik, un projet d’infrastructure colossal évalué entre 30 et 40 milliards d’euros, dont l’objectif est clair : produire de l’électricité renouvelable au Maroc et l’exporter vers l’Europe, en particulier vers l’Allemagne, grâce à une interconnexion électrique sous-marine de très longue distance.
Le schéma repose sur le déploiement, au Maroc, de vastes capacités solaires et éoliennes pouvant atteindre 15 gigawatts. À pleine charge, ces installations pourraient générer environ 26 térawattheures par an, soit près de 5 % des besoins électriques allemands. Dans un contexte de transition énergétique accélérée en Europe, ce volume conférerait au Royaume un rôle stratégique dans la sécurité énergétique du continent.
L’électricité serait acheminée via un câble à courant continu haute tension (HVDC) long d’environ 4.800 kilomètres. Cette infrastructure traverserait l’Atlantique et plusieurs juridictions européennes avant d’être injectée dans le réseau allemand. Le projet prévoit également des capacités de stockage par batteries, afin d’assurer une fourniture stable pouvant couvrir jusqu’à 20 heures quotidiennes, limitant ainsi l’intermittence propre aux énergies renouvelables.
Le signal politique envoyé par Berlin constitue un tournant. Le soutien exprimé par les autorités allemandes, à travers une correspondance officielle adressée au gouvernement marocain, confirme l’intérêt stratégique accordé à cette interconnexion. De grands groupes énergétiques allemands, à l’image d’E.ON et d’Uniper, participent déjà aux discussions, tandis que Deutsche Bahn envisage de s’approvisionner en électricité verte marocaine pour accompagner sa décarbonation complète d’ici 2038.
Avant sa concrétisation, Sila Atlantik devra toutefois franchir plusieurs obstacles réglementaires et techniques, notamment l’obtention des autorisations de passage dans les eaux concernées et la conformité aux normes environnementales européennes. Les porteurs du projet étudient également la possibilité d’implanter en Allemagne une unité industrielle dédiée à la fabrication des câbles, afin de sécuriser la chaîne d’approvisionnement.
Au-delà de sa dimension industrielle, Sila Atlantik incarne une vision géoéconomique plus large. Pour le Maroc, il s’agit de transformer son potentiel solaire et éolien en levier d’influence et d’investissement. Pour l’Allemagne et l’Union européenne, le projet offre une alternative structurante dans la diversification des sources d’énergie, en consolidant un axe euro-africain de production d’électricité propre.


