Le Maroc marque une pause sur l’un de ses projets énergétiques les plus stratégiques. Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable (MTEDD) a annoncé la suspension temporaire du processus de sélection lié au développement des infrastructures gazières autour de Nador West Med, incluant le futur terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) et le réseau de gazoducs devant relier le port au gazoduc Maghreb-Europe (GME), puis aux zones industrielles de Kénitra et Mohammedia.
Dans un communiqué, le ministère explique cette décision par l’apparition de “nouveaux paramètres et hypothèses” nécessitant une réévaluation du projet. Les avis de concurrence avaient été publiés le 5 décembre 2025, mais l’administration indique désormais qu’elle sursoit à la réception des dossiers et à l’ouverture des offres déjà déposées.
Une révision qui concerne le terminal, le tracé et les capacités de raccordement
Le chantier en question vise à doter le Royaume d’un dispositif complet : un terminal GNL au port de Nador West Med, son raccordement au réseau national via le GME, puis l’extension du gaz vers les principaux bassins industriels du nord et du centre.
Selon le MTEDD, la suspension est destinée à permettre un examen approfondi des composantes techniques, économiques et opérationnelles du projet, compte tenu de son rôle dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique national. Le ministère assure qu’il communiquera ultérieurement les évolutions du dossier, en respectant les règles encadrant la concurrence.
Une annonce dans le sillage d’une réunion royale à Casablanca
Ce gel intervient quelques jours après une réunion de travail présidée à Casablanca par le roi Mohammed VI, consacrée au complexe portuaire et industriel de Nador West Med, dont le lancement opérationnel est attendu au quatrième trimestre.
Le projet est présenté comme un pôle intégré associant un port de nouvelle génération à une plateforme industrielle, logistique et énergétique. À ce stade, il aurait mobilisé 51 milliards de dirhams d’investissements publics et privés, avec des infrastructures portuaires de base déjà achevées (digues, quais et postes dédiés à l’énergie). Les concessions des deux terminaux à conteneurs ont été signées et une mise en service progressive est prévue dès cette année.
Le GNL, pièce maîtresse de la souveraineté énergétique
Dans l’architecture de Nador West Med, la composante énergétique occupe une place centrale. Le port doit accueillir le premier terminal GNL du Royaume, avec une capacité annoncée de 5 milliards de m³ par an, ainsi qu’un terminal hydrocarbures. Une offre pensée pour renforcer la souveraineté énergétique et soutenir la montée en puissance industrielle.
Le port vise, dès son démarrage, une capacité de 5 millions de conteneurs par an et 35 millions de tonnes de vrac liquide et solide, avec un potentiel à terme nettement supérieur.
Un projet industriel qui dépasse le port
Au-delà des infrastructures maritimes, le complexe doit s’appuyer sur des zones d’activités industrielles et logistiques. Une première phase de 700 hectares est annoncée, avec plusieurs implantations d’opérateurs internationaux déjà actées. Les investissements privés confirmés atteindraient 20 milliards de dirhams, signe de l’attractivité du site.
Lors de la réunion royale, des orientations ont également été données pour accélérer la formation, faciliter l’insertion des jeunes, et garantir une diffusion territoriale des retombées économiques dans l’ensemble des provinces concernées.
Ce que signifie la suspension : un recalibrage, pas un abandon
La décision du MTEDD ne ferme pas le dossier, mais traduit un changement de rythme : l’État veut manifestement recalibrer le projet gazier avant d’engager des contrats structurants. Un signal important, dans un contexte où le gaz est de plus en plus considéré comme une énergie de transition, appelée à stabiliser le mix national tout en accompagnant la montée des renouvelables.
Avec Barlamane


